La suggestion de François Ruffin de concevoir un "Puy du Fou de gauche" provoque des réactions contrastées. Face à l'iconique parc vendéen, il envisage une réécriture de l’histoire de France. Des historiens s'inquiètent des conséquences politiques potentielles de ce projet.
"Je souhaite que l'on ait notre récit, où l’esclavage et nos heures sombres sont intégrés, tout comme nos moments lumineux", a affirmé François Ruffin, candidat du mouvement "Debout !" aux primaires de gauche pour les élections présidentielles de 2027. Au cours d'une visite à Nantes le 22 janvier, l’ancien Insoumis a dévoilé son idée de créer un "Puy du Fou de gauche", en opposition à ce qu’il considère comme une vision biaisée de l'histoire au parc fondé par Philippe de Villiers en 1977.
Pour soutenir son projet, Ruffin évoque la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024, dirigée par Thomas Jolly, qu'il considère comme un moment fédérateur pour la nation. "Notre pays traverse une période de dépression. Nous ne relèverons pas seulement la tête grâce à des augmentations de salaire ou de grands projets, mais par un horizon commun, avec la culture comme liant", a-t-il ajouté sur sa page Instagram.
Cette initiative de réappropriation historique n'est pas une première pour Ruffin. Chaque 14 juillet, il propose à ses concitoyens de détruire symboliquement une Bastille en carton, coiffés de bonnets phrygiens.
La réaction de certains historiens est néanmoins très critique. Sur Bluesky, le médiéviste William Blanc a épinglé cette "mauvaise idée" en affirmant, "Qui créera ce récit ? Des politiciens en quête de réélection ? Ils risquent d’esquiver certains passages délicats de notre histoire, tels que la guerre d’Algérie".
William Blanc alerte également sur le risque d’instrumentalisation historique à des fins idéologiques, pointant du doigt l’éventualité que des figures comme Jeanne d’Arc soient redéfinies pour les besoins du récit de gauche.
Des experts affichent leur scepticisme
Le consensus parmi les experts semble être que l’idée de Ruffin représente un “niveau zéro de la réflexion" sur cette thématique. Nicolas Offenstadt a tweeté : "Il y a eu beaucoup de publications et de débats sur le rôle de l’histoire qui permettraient d’approfondir cette discussion".
L’Humanité a également contacté Christophe Furon, docteur en histoire médiévale, qui admet que "le Puy du Fou manipule l'histoire à des fins idéologiques", mais se demande pourquoi la gauche devrait emprunter le même chemin.
Enfin, en ce qui concerne l'image que renvoie le Puy du Fou, la direction du parc, défendue par Nicolas de Villiers, se présente comme "universelle", ne s'affiliant ni à la gauche ni à la droite, selon un article de Challenges. "Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes universels", a affirmé le fils de Philippe de Villiers.







