Belle et austère, Nuuk, la capitale du Groenland, présente un quotidien exigeant pour ses 20 000 habitants. Dans cette ville isolée, chaque aspect de la vie est influencé par la rigueur du climat arctique.
Au bord du fjord Nuup Kangerlua, deux adolescents se retrouvent dans l’icebar Kunguak, savourant quelques instants de légèreté parmi les mini-icebergs flottants. Alors qu’elle rêve de sorbets, lui se dépêche d’utiliser son argent de poche.
Cette tendre scène pourrait se dérouler n’importe où dans le monde, mais à Nuuk, la réalité est souvent très différente. Les paysages enchanteurs des maisons colorées de Vieux Nuuk sont rapidement assombris par des immeubles qui rappellent les banlieues grises d'Europe. La beauté du paysage est visible, mais le poids du quotidien pèse sur les esprits.
Avec 89 % de sa population d'origine inuit, Nuuk porte encore les cicatrices d'un colonialisme mal digéré. Les statistiques révèlent les défis : des taux alarmants de dépression, d'alcoolisme et de suicide hantent la ville. Les conséquences des déplacements forcés par le Danemark dans les années 1970 continuent d'affecter la population. Si le taux de chômage est bas (2 %), la pauvreté est bien présente, avec près de 200 personnes vivant dans des conditions précaires.
Un environnement austère
La ville, dépourvue d’arbres, semble posée sur un lit de granit, sans possibilité de verdure. La librairie est absente, rendant la lecture coûteuse et ardue, tout comme la vie, qui coûte en moyenne 15 % plus cher que dans le reste du Danemark. Les activités de loisirs sont limitées. Un centre commercial est en construction, mais les habitants se montrent résignés, expliquant que « c'est la météo qui décide » des délais.
Dans ce contexte, la compagnie aérienne Air Greenland se voit attribuer le surnom humoristique de « Compagnie aérienne du peut-être » ; cela résume bien l’atmosphère de vérité des habitants, qui s'accommodent de cet isolement.
Les moyens de transport en dehors de la ville sont également restreints. Aucun chemin ne relie Nuuk aux autres villages, isolés dans un monde de glace. Les résidents se déplacent principalement en traîneaux à chiens ou en scooters des neiges, tandis que les enfants utilisent souvent des luges pour se rendre à l’école. Certains adultes préfèrent le ski, tandis que d’autres s'accrochent pour ne pas tomber sur les trottoirs glissants. Dans cette réalité où chaque pas peut devenir un défi, Nuuk se révèle à la fois fascinante et terriblement austère.







