Face à la flambée des charges, à la pression de la concurrence étrangère et aux nouvelles réglementations environnementales, les producteurs de maïs en France sombrent dans l’incertitude. Selon des données révélées par l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM), la superficie dédiée à cette culture devrait diminuer de 16 % en 2026 par rapport à l’année précédente, avec des baisses dépassant les 20 % dans certaines régions du Sud-Ouest.
Ce déclin alarmant s'accompagne d'un abandon massif des cultures, poussant le pays à augmenter ses importations de maïs. "Quand un agriculteur abandonne ses terres, c'est qu’il pressent sa fin", avertit Franck Laborde, président de l'AGPM et agriculteur lui-même. En une décennie, la France aurait perdu 500 000 hectares de maïs grain, représentant une chute significative de la production nationale.
La situation actuelle n'est pas un simple effet conjoncturel, mais le résultat de multiples facteurs, dont l'augmentation des coûts des intrants. "Les hausses des prix du gazole non routier et des engrais azotés sont vertigineuses", souligne Laborde. En effet, le coût supplémentaire lié à la crise géopolitique s'élève à plus de 100 euros par hectare. Parallèlement, les prix du maïs sur les marchés internationaux, comme ceux de Chicago et de Paris, ont chuté de près de 40 % en trois ans, rendant la production française non compétitive.
Dans cette spirale descendante, les producteurs américains, brésiliens et ukrainiens affichent des coûts de production bien inférieurs. Produire une tonne de maïs au Brésil coûte environ 97 euros, alors qu'en France, ce montant s'élève à 230 euros, ce qui soulève des inquiétudes sur l'avenir de la culture en France.
La question des normes environnementales souligne également un paradoxe majeur de l’agriculture française. Une étude commandée par l'AGPM révèle que 138 substances utilisées au Brésil et en Argentine pour la culture du maïs sont interdites en France. Laborde dénonce ainsi la dépossibilité des agriculteurs français face à des choix politiques peu adaptés aux réalités du terrain. "L’Europe, sous prétexte de protéger l’environnement, a rendu nos agriculteurs vulnérables", constate-t-il.
La menace est d'autant plus évidente avec l'arrivée des importations ukrainiennes. Avant le conflit actuel, l'Ukraine produisait 40 millions de tonnes de maïs par an. Une fois les hostilités terminées, il sera probable que l’Ukraine remplace rapidement la production française à des coûts défiant toute concurrence, une perspective qui effraie les acteurs de la filière.
Alors que l'Union Européenne tente d'imposer de nouvelles normes, les agriculteurs se battent pour leur survie. La question demeure : comment répondre à la demande croissante de production tout en respectant des régulations de plus en plus strictes ? Une équation complexe, mais cruciale pour l'avenir de l'agriculture française.







