Face à une température atteignant 42°C dans la campagne poitevine, les cheminées de la centrale de Civaux, dans la Vienne, continuent de cracher leur panache de vapeur. Tandis qu’EDF est contraint d’arrêter plusieurs réacteurs comme ceux de Bugey et de Nogent-sur-Seine pour préserver la faune aquatique, Civaux prouve sa résilience grâce à une technologie de refroidissement distincte qui lui permet de fonctionner normalement par forte chaleur.
Pascal Aurillard, chef de projet chez EDF, souligne que « cette procédure normale vise à protéger l’environnement ». Si la sûreté des réacteurs ne souffre pas, la gestion de la température de l'eau rejetée demeure une préoccupation majeure.
Un système de refroidissement innovant
Les 57 réacteurs nucléaires français, fournissant environ 70 % de l'électricité du pays, sont généralement situés près de cours d'eau pour faciliter leur refroidissement. Les procédés de refroidissement en circuit ouvert rejettent une eau dont la température peut s'élever de 1 à 6°C, alors qu’un système en circuit fermé évite cet échauffement excessif.
A Civaux, la centrale s'est dotée dès sa conception dans les années 1990 d'un dispositif innovant permettant de rejeter une eau à une température inférieure à celle prélevée. Laurent Leloup, directeur des préventions des risques environnementaux à Civaux, précise : « Les grandes tours de refroidissement sont complétées par quatre tours aéroréfrigérantes, qui abaissent encore la température de l'eau. » Ainsi, même lorsque la Vienne dépasse 25°C, la centrale réussit à rejeter une eau plus fraîche.
“En cas de température excessive, EDF doit diminuer la puissance des réacteurs” – ASNR
Ces efforts font de Civaux une exception. Sa situation géographique, sur une rivière à faible débit, incarne une sensibilité accrue face aux enjeux environnementaux. À l’inverse de ses homologues qui doivent régulièrement réduire leur activité, Civaux est épargnée des restrictions grâce à son système impressionnant.
Un modèle à reproduire
Dans le cadre du réchauffement climatique, EDF envisage de dupliquer ce concept aux nouvelles centrales, notamment les futurs réacteurs EPR2 au Bugey. Pour l’instant, lorsque le débit de la Vienne descend en-dessous de 20 m³/s, les effluents de la centrale doivent être stockés temporairement, un défi logistique que la société prend au sérieux.
« Avec 150 camions-citernes de capacité, nous sommes prêts à affronter des étés plus chauds », ajoute Aurillard. Les adaptations à l'épreuve du changement climatique sont désormais cruciales, alors que le pays mise de plus en plus sur le nucléaire pour son avenir énergétique. « Si nous ne prenons pas soin de nos installations, nous nous attendons à des impacts considérables sur la production d'électricité », conclut Aurillard, évoquant un investissement stratégique d’8,7 milliards d’euros d’ici à 2040.







