Au cœur de la campagne poitevine, où la température flirte avec les 42°C, les panaches de vapeur s'échappent de la centrale nucléaire de Civaux, située dans la Vienne. Contrairement à d'autres installations, Civaux ne se laisse pas affecter par la canicule, grâce à un système de refroidissement innovant.
Cette semaine, EDF a dû interrompre la production de trois réacteurs à Bugey, Nogent-sur-Seine et Golfech, en réponse à la hausse des températures des rivières. "C'est une mesure standard pour protéger l'écosystème aquatique", a expliqué Pascal Aurillard, chef de projet à EDF, lors d'une visite de presse.
Bien que les vagues de chaleur ne compromettent pas la sûreté des réacteurs, EDF souligne que les défis résident dans le rejet d'eau plus chaude dans les rivières. Actuellement, les 57 réacteurs en France, responsables de près de 70 % de l'électricité nationale, sont construits à proximité de cours d'eau pour faciliter leur refroidissement.
Sur les sites fluviaux, l'eau est rejetée après utilisation, entraînant un échauffement de 1 à 6°C. Les installations en circuit fermé, quant à elles, réduisent cette élévation à de modestes fractions de degré.
Pour minimiser les impacts sur les écosystèmes aquatiques, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) impose des limites de température spécifiques à chaque site. Lors des périodes de chaleur extrême, EDF doit parfois diminuer la puissance de ses réacteurs pour se conformer à ces normes, une situation qui ne se produit jamais à Civaux grâce à son dispositif de refroidissement.
La centrale, mise en service entre 1997 et 1999, est unique en France pour son emplacement au bord d'une rivière au débit généralement faible. Ce choix de conception permet à Civaux de rejeter l'eau à une température inférieure à celle qu'elle prélève. Laurent Leloup, directeur de la prévention des risques environnementaux à Civaux, souligne : "Ce système nous permet de respecter les normes tout en continuant à fonctionner efficacement."
Comment cela fonctionne-t-il ? Outre ses deux grandes tours de refroidissement, Civaux utilise quatre petites tours aéroréfrigérantes pour abaisser la température de l'eau de 3 à 7°C. Ainsi, même lorsque la Vienne atteint 25°C, la centrale rejette une eau à 24,65°C, mesurée en temps réel par Deborah, technicienne en environnement.
Dans ce cadre de réchauffement climatique, EDF prévoit de déployer ce système performant sur d'autres centrales fluviales. Les futures constructions de réacteurs EPR2 au Bugey devraient en être équipées, comme l'indique Pascal Aurillard.
Un autre défi important concerne le débit de la Vienne. Lorsqu'il descend en dessous de 20 m³/s, ce qui est le cas depuis début juin, les effluents de la centrale doivent être stockés. Ces déchets chimiques et faiblement radioactifs sont conservés dans des réservoirs capables de contenir l'équivalent de 150 camions-citernes de lait, bloquant ainsi leur rejet pendant plusieurs mois. EDF envisage de construire un septième réservoir pour mieux gérer les futurs étiages.
Ces adaptations deviennent cruciales pour EDF, alors que la France projette de renforcer son secteur nucléaire. Sans ces mesures, la production nucléaire pourrait être impactée à hauteur de 1,4 % d'ici 2035, par rapport à 0,3 % aujourd'hui. La société envisage d'investir 8,7 milliards d'euros d'ici 2040 pour optimiser ses installations. "Nous savons que si nous restons inactifs, l'impact sur la production ne fera qu'augmenter avec l'aggravation du changement climatique", conclut Pascal Aurillard.







