Dans le cadre d'une éventuelle réforme de l'assurance chômage, le Conseil d'analyse économique recommande d'éviter de durcir les critères d'éligibilité. Au lieu de cela, il propose de supprimer l'extension de la durée d'indemnisation pour les 55-56 ans. Cette conclusion provient d'une note publiée le 14 avril, qui met en lumière les défis financiers du système d'assurance chômage.
Les auteurs de cette étude, François Fontaine, Roland Rathelot et Alexandra Roulet, notent que, depuis vingt-cinq ans, plusieurs réformes de l'assurance chômage ont été mises en place sans véritable cadre conceptuel. Au cours des dix dernières années, cinq réformes majeures ont été initiées.
Du point de vue financier, les économistes soulignent que le système accuse une dette de 60 milliards d'euros, mais les récentes réformes ont permis d'augmenter les recettes au-delà des dépenses depuis 2022.
La France ne se distingue pas particulièrement de ses voisins en matière d'assurance chômage. Les durées d'affiliation et d'indemnisation s'approchent des standards européens, malgré des plafonds plus élevés qui touchent un nombre limité d'indemnisés.
Les réformes passées sont critiquées pour leur biais d'évaluation, où seules les variables budgétaires sont considérées, négligeant ainsi les comportements des salariés et des entreprises ainsi que la nécessité d'une protection adaptée pour les plus précaires.
Mobiliser tous les outils, pas seulement durcir le régime
Les auteurs adviennent qu’une approche globale est essentielle, qui tienne compte des impacts financiers sur les chômeurs tout en considérant l'effet sur les finances publiques et le niveau d'emploi. Ils concluent qu'il faut abandonner le durcissement des conditions d'affiliation et d'indemnisation.
"En cas de réforme de l’assurance chômage visant à diminuer la générosité du système, il ne faut pas durcir les conditions d’éligibilité. Les effets comportementaux sont négligeables au regard du coût pour les personnes affectées, souvent précaires", ont constaté les auteurs.
Actuellement, pour être éligible aux allocations chômage, il faut avoir travaillé six mois au cours des deux dernières années. Augmenter cette durée à huit mois, comme le proposait Gabriel Attal, pourrait inciter les employeurs à offrir plus de contrats de longue durée, mais l'impact réel serait très limité. Une telle mesure risquerait de pénaliser les demandeurs d'emploi les plus vulnérables, pour qui une protection contre la perte de revenus est cruciale.
Cibler les seniors
Le rapport plaide également pour un traitement différencié des demandeurs d'emploi seniors. Actuellement, les personnes de 55-56 ans bénéficient d'une durée d'indemnisation maximale de 22,5 mois, alors que les moins de 55 ans ont une durée de 18 mois.Les économistes considèrent que la suppression de cette différence serait plus efficace, car les seniors ont souvent une épargne qui leur permet de mieux amortir la perte d'emploi. Ils affirment que la chute de consommation résultant d'une perte d'emploi est souvent moins marquée pour cette catégorie d'âge en raison de leur épargne plus importante.
"La chute de consommation consécutive à la perte d'emploi est souvent contenue car ils disposent d'une épargne plus importante que la moyenne des demandeurs d'emploi", précisent les auteurs.
Concernant les 57 ans et plus, la situation est plus complexe en raison d'interactions avec le système de retraites.







