Nicolas Prata, infirmier de 28 ans vivant à Annemasse, repousse souvent son compagnon lorsqu'il s'agit d'afficher des gestes d'affection en public. "C'est un vrai problème entre nous," admet-il, expliquant son comportement par la peur des répercussions.
Chaque sortie est un défi. Nicolas, en couple depuis deux mois, s'impose des règles strictes pour éviter les agressions verbales ou physiques, une attitude qu'il a développée au fil du temps et qui crée des tensions dans sa relation. "Moi je vais avoir peur qu'on m'insulte, mais pour lui, ici en France, il n'y a pas de risque... c'est totalement faux," précise-t-il.
Selon l'Observatoire des inégalités, 3055 crimes et délits liés à l'orientation sexuelle ont été signalés en 2024, un chiffre en forte hausse. Une enquête Ipsos démontre également que le soutien à la visibilité publique des personnes LGBT a chuté, avec seulement 44% d'adhésion aux démonstrations d'affection entre personnes de même sexe.
Des automatismes ancrés
Nicolas, qui se décrit comme "très pudique," ne fréquente que des lieux LGBT-friendly pour éviter les désagréments. "Je préfère avoir des ennuis, que ce soit avec mon compagnon, plutôt que d'attirer des commentaires," explique-t-il.
Les témoignages des couples LGBT révèlent une réalité partagée. Fabrice Coelho, 50 ans, et son compagnon septuagénaire ne se tiendraient pas non plus la main en public. "Dire que je suis gay, c'est acceptable, mais au-delà, je ne peux pas," déclare-t-il.
"Je vis ma vie mais je ne suis pas là pour choquer," dit-il.
Cette perception est également ressentie par Léonie, 32 ans, qui avoue qu'elle avait peur d'être jugée lors de ses premiers gestes tendres avec sa compagne. "J'ai mis du temps à comprendre que ça n’avait rien de choquant, qu’on est un couple comme un autre," témoigne-t-elle.
Une vigilance nécessaire au quotidien
Les agressions homophobes restent une triste réalité. Mélanie, fonctionnaire à Paris, se rappelle avoir subi plusieurs menaces. "Je sais que c'est dangereux de s'afficher, même dans une grande ville comme Paris," confie-t-elle. Elle reste en alerte, évitant ainsi de se montrer affectueuse dans certains quartiers.
La peur des agressions entraîne une autocensure, difficile à vivre pour ces couples qui aspirent simplement à vivre leur amour librement. L'hypervigilance est un état d'esprit chez beaucoup d'entre eux, nécessite de l'adaptation en fonction de l'environnement.
Appel à la solidarité
En somme, les défis sont nombreux pour les couples LGBT en France. Malgré des avancées légales, la réalité quotidienne demeure ardue. À l’image de la ligne d’écoute SOS Homophobie, qui propose un soutien aux victimes, il est essentiel de promouvoir un environnement où chaque amour peut s’épanouir, sans crainte, ni jugement.







