Dimanche, des pavés en mémoire des Tsiganes internés par l'État français durant la Seconde Guerre mondiale seront installés dans une commune du Bas-Rhin. À Marseille, un monument dédié aux victimes du génocide tsigane sera également inauguré. Ces initiatives témoignent d'un effort croissant pour ne pas laisser cette période sombre de l'histoire de France tomber dans l'oubli.
Charles Adolf, un ancien interné, évoque son expérience dans un entretien datant des années 1980 : "Avant la guerre, je vivais à Strasbourg avec ma famille. En raison de notre identité gitane, nous avons dû fuir. Nous avons été appréhendés et transférés au camp de Rivesaltes où, malgré l'absence de maltraitance, la peur de l'extermination nous a hantés." Tragiquement, son père a perdu la vie dans ce camp le 23 avril 1941.
Une première pour les gitans
Quatre-vingts ans après les hostilités, une opération mémorielle marquante se déroule. Un pavé sera posé à Schweighouse-sur-Moder en hommages aux Adolf père et fils. Christophe Woehrle, historien engagé dans la mémoire des victimes du nazisme, explique : "Nous avons pris conscience des anciennes victimes juives dans cette ville, mais aussi des Adolf qui en provenaient." Depuis 2013, plus de 500 Stolpersteine, ou "pierres d'achoppement", ont été inaugurés en France pour honorer les victimes de la Shoah.
Ce projet mémoriel, initié par l'artiste allemand Gunter Demnig, a débuté avec un pavé installé illégalement en 1992 à Cologne, en mémoire des Tsiganes. En France, il a fallu plus de 30 ans pour voir une première reconnaissance officielle des victimes tsiganes.
Une politique d'internement ciblée
Durant la période 1940-1946, le gouvernement français a interné plus de 6 500 Tsiganes, touchant principalement des familles Françaises. Ces personnes étaient déjà surveillées et assignées à résidence bien avant la guerre, avec un carnet d'identité mis en place en 1912. Selon l'historienne Marie-Christine Hubert, "les Tsiganes ont souvent été regroupés avec d'autres minorités comme les Juifs." Elle rappelle que, malgré les conditions désastreuses, la majorité des Tsiganes n'ont pas été déportés vers les centres d'extermination en raison de l'absence de directives claires de la part des autorités allemandes.
Monique Heddebaut, historienne, a découvert que plusieurs Tsiganes ont été déportés à Auschwitz-Birkenau, mais qu’un nombre significatif a également été interné dans des camps en France sous de sévères conditions sanitaires, alimentaires et psychologiques, provoquant de nombreux décès.
Vers une reconnaissance nationale
Ces réminiscences d'un passé tragique ouvrent un débat sur la présentation du génocide tsigane dans l’histoire nationale. Des actions sont en cours, y compris la proposition que le 2 août devienne une journée de commémoration, en reconnaissance du génocide. Selon Ilsen About, chercheur, "cette intégration dans la mémoire nationale est cruciale pour lutter contre l'antitsiganisme et conscientiser les générations futures des dangers de la discrimination et de la haine." Les projets de mémoriaux, tels que celui à Marseille, sont des étapes importantes pour redonner une voix à ceux qui ont été réduits au silence.
Les souffrances des Tsiganes n'ont que tardivement commencé à être reconnues dans les manuels scolaires, laissant de nombreuses personnes, même parmi les descendants, dans l’ignorance. La nécessité d’une justice mémorielle est plus pressante que jamais pour les survivants et leurs familles, et il importe d’élargir notre compréhension de cette partie de notre histoire collective.







