Il est 6h30, le ciel s'illumine derrière les pins, et plus d'une centaine de fêtards s'adonnent à la danse pour "la dernière rave" à Marseille, avant l'approbation d'une loi qui durcit la répression des "fêtes libres".
"Je l'ai appelée +la dernière rave+, car l'idée d'encourir six mois de prison juste pour organiser une fête pour 300 personnes me terrifie", déclare Sacha, 33 ans, dont le prénom a été modifié pour préserver son anonymat.
Organisateur de deux à trois free parties par an, Sacha se sent désormais contraint de mettre un terme à cette pratique. L'an passé, il a vu son équipement saisi par la police. "Je refuse d'être un martyr de cette cause", ajoute-t-il.
Le 9 avril, les députés ont voté une proposition de loi qui, si elle est validée par le Sénat, prévoit jusqu'à six mois d'emprisonnement et des amendes jusqu'à 30.000 euros pour les organisateurs de raves non déclarées, accueillant au moins 250 personnes. "Pour une +teuf+, c'est toujours un non catégorique de la préfecture", accuse Sacha, qui déplore l'absence de dialogue constructif avec les autorités.
Arrivés avant la nuit, Sacha et ses amis déchargent rapidement le matériel - enceintes et sacs poubelles - pour ne pas éveiller les soupçons, dans un ancien village de vacances isolé, voisin de champs d'oliviers et d'un élevage de chèvres.
Le DJ Orang3, venu d'Italie où le gouvernement de Giorgia Meloni a interdit les free parties, prépare ses platines. "En Italie, la situation est devenue très difficile. La musique, c'est une forme d'art qui ne devrait jamais être criminalisée. Ici, nous créons un espace inclusif pour tous", explique-t-il.
Lou, photographe de 33 ans, avoue avoir hésité à participer : "On était inquiets de savoir si la police serait présente. Même si la loi n'est pas encore en vigueur, l'incertitude plane". La future législation prévoit une amende de 1.500 euros pour les participants et 3.000 euros en cas de récidive.
Alors que les DJs enchaînent les morceaux, la danse s'anime. Les sonorités fusionnent avec une ambiance détendue, les vêtements allant des dentelles aux sweats à capuche.
"Nous voulons créer une ambiance vraiment accueillante et sécurisée pour tous", indique Sacha. Il souligne également l'importance d'avoir des espaces pour la communauté queer, souvent négligée à Marseille.
"Ici, dans le Sud, la culture club n'est pas répandue. Les quelques soirées payantes ne sont pas accessibles à tous, entre 15 et 20 euros l'entrée. Les free parties constituent un véritable lieu de sécurité" observe Lou.
"En autogestion, on veille les uns sur les autres, que ce soit pour l'usage de drogues ou le consentement", affirme Alexia, en réponse aux préoccupations soulevées par la loi concernant la soumission chimique et la consommation.
Margot, 29 ans, est venue à vélo et s'inquiète des conséquences possibles de la législation : "Avec la loi, les lieux deviendront plus isolés, et sans un encadrement adéquat, les risques d'incidents graves augmenteront".
Au fur et à mesure de la nuit, les groupes se forment pour discuter, tandis que d'autres s'amusent à graffer les ruines déjà ornées de nombreux tags.
Alors que le lever du soleil se fait entendre, des cris de joie fusent, et Sacha conclut : "Je pense que ceux qui soutiennent cette loi ont une vie plutôt morose...".







