Mercredi, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) a annoncé son rejet catégorique de l'accord institutionnel et économique récemment signé à l'Élysée, qui visait à faciliter le processus politique sur l'archipel de Nouvelle-Calédonie.
Dénommé "accord Élysée-Oudinot", ce texte, signé lundi dernier, s'ajoute à l'accord de Bougival, lui aussi rejeté par le FLNKS qui n'avait pas pris part aux discussions en janvier. Le parti indépendantiste considère que ce nouvel accord représente "un passage en force de l'État", comme le souligne leur communiqué sur les réseaux sociaux. Ils rappellent avoir déjà refusé l'accord de Bougival en raison de son incompatibilité avec la trajectoire de décolonisation de Kanaky, le nom que les indépendantistes donnent à la Nouvelle-Calédonie.
L'accord de Bougival envisageait la création d'un État calédonien inscrit dans la Constitution française, avec une nationalité propre et une reconnaissance internationale potentielle. Cependant, le FLNKS y voit une menace car cet accord maintenait des liens trop serrés avec la France.
Le nouvel accord réaffirme la reconnaissance de l'identité kanak et propose des mécanismes pour transférer les compétences encore détenues par l'État dans un cadre organisé. De plus, les délégations ont approuvé des volets en faveur de la "refondation du pacte économique et social", en mettant l'accent sur le soutien financier de l'État pour l'archipel.
Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer, a déclaré que "la porte rest(ait) ouverte" au FLNKS, bien que de nombreux acteurs en Nouvelle-Calédonie estiment que tout accord doit avoir l'aval du mouvement indépendantiste historique.
Selon le FLNKS, l'accord représente un "chantage économique" destiné à faire accepter le projet de l'État, notamment en ce qui concerne le gel du corps électoral, instauré en 1998, qui limite le droit de vote aux personnes installées avant cette date et à leurs descendants. Ce gel a été remis en question par les non-indépendantistes, mais est redouté par le FLNKS qui y voit un risque de dilution du vote kanak. Ces tensions avaient déjà conduit aux émeutes tragiques de mai 2024, qui avaient causé 14 décès et des dégâts économiques considérables.
Les signataires de l'accord misent sur une adoption rapide d'un projet de loi constitutionnelle au Sénat dès février, suivi d'un passage à l'Assemblée nationale en mars-avril. Leur objectif est d'organiser une réunion à Versailles réunissant députés et sénateurs. Le FLNKS, de son côté, se dit déterminé à poursuivre son action politique en faveur de la pleine souveraineté, conformément à l'Accord de Nouméa et au droit international.







