Lors de son interrogatoire, qui a débuté mardi devant la cour d'appel de Paris, Nicolas Sarkozy a répondu aux douleurs des familles des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA, en affirmant sa totale innocence dans l'affaire d'un financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007.
Depuis le démarrage du procès en mars, l'ex-président (2007-2012) avait choisi de rester discret, contrastant avec son comportement plus flamboyant lors du procès initial. Ce choix de réserve a ainsi marqué un net changement d'attitude.
Au tout début de l’interrogatoire, qui s’étendra sur plusieurs jours, le président de la cour a invité Sarkozy à répondre aux témoignages poignants de proches des victimes, qui ont exprimé leur sentiment d'être « écrasés par la parole des puissants » et ont dénoncé le « déni » entourant l'affaire. Ces témoignages ont mis en lumière une souffrance profonde, exacerbée par l'hésitation des personnes en position de pouvoir à accepter la vérité.
Nicolas Sarkozy est sous le coup de soupçons selon lesquels il aurait permis à ses proches collaborateurs de négocier un financement pour sa campagne avec Abdallah Senoussi, un dignitaire libyen condamné pour son rôle dans l'attentat qui a tué 170 personnes en 1989. Lors du procès, il a déclaré : "Si j'étais à votre place, j'aurais également ressenti colère et chagrin". Il a ajouté que relater cette douleur était essentiel mais que les réactions étaient souvent insuffisantes.
Il a ensuite réitéré : "On ne peut répondre à une souffrance aussi profonde que par la vérité, cependant je suis innocent". Cette affirmation a été faite en présence de Carla Bruni-Sarkozy, sa femme, qui assistait pour la première fois à une audience de ce procès qui se clôturera fin mai. L'ancien président a enchaîné : "Il n'y a pas un centime libyen dans ma campagne", défendant son rôle dans la coalition qui a mis fin au régime de Kadhafi en 2011.
En première instance, Nicolas Sarkozy avait été acquitté de trois des quatre infractions, mais condamné pour association de malfaiteurs à cinq ans de prison. Ce jugement a été un événement marquant, étant la première incarcération d'un ancien chef d'État français. Les juges avaient néanmoins décidé que le lien entre les fonds libyens et sa campagne n'était pas prouvé, malgré des envois de 6,5 millions d'euros confirmés.
Concernant les rencontres secrètes entre ses collaborateurs et le pouvoir libyen fin 2005, les juges avaient reconnu que Sarkozy avait contribué à établir ces contacts, bien qu'il ne soit pas physiquement présent lors des échanges.
Cependant, lors de ce procès, Claude Guéant, un des anciens ministres, ne pourra pas témoigner en raison de problèmes de santé. En revanche, Brice Hortefeux a été entendu. L'ancien ministre a fait face à des questionnements et a maintenu qu'il avait été piégé lors de sa rencontre avec Senoussi, déplorant n'avoir reçu aucune alerte des services de renseignement français. Il a catégoriquement nié que le financement de la campagne ait été abordé pendant cette rencontre.







