Moscou renforce son contrôle sur les communications. Le Kremlin a officiellement annoncé, le 12 février, le blocage de WhatsApp, en raison de la "réticence" de l'application à se conformer aux lois russes. Cette mesure a été confirmée par Dmitri Peskov, porte-parole du président, qui a exhorté les utilisateurs à se tourner vers MAX, l'application locale en plein essor.
Le Kremlin, en plein processus de promotion de cette application, cherche à faciliter la régulation des communications au sein du pays. Selon Dmitri Peskov, l’autorité de régulation a mis en œuvre ce blocage, tandis que WhatsApp, appartenant au groupe Meta, a dénoncé cette stratégie et affirmé qu'il s'agissait d'une tentative de la Russie de "bloquer complètement" leurs services.
"Priver plus de 100 millions d'utilisateurs d'une communication privée constitue un recul qui réduit la sécurité des personnes en Russie", a martelé WhatsApp. Malgré cela, le blocage ne semble pas encore être total : un journaliste de l’AFP a pu contacter des utilisateurs sans utiliser de VPN, un outil souvent employé pour contourner de telles restrictions.
MAX : l'alternative russe en plein essor
Une Moscovite témoigne que l'application MAX, qui revendique plus de 75 millions d'utilisateurs, a déjà remplacé WhatsApp dans les échanges liés à l'école de sa fille. "La communication avec les enseignants se fait désormais via MAX, car WhatsApp ne fonctionne plus", raconte-t-elle, préférant garder l'anonymat.
Les enfants utilisent également MAX pour échanger des messages et des photos. Ce passage à une application dédiée aux services scolaires soulève des questions sur l'impact de ces changements sur les échanges entre générations.
Une perception partagée : crainte d'un isolement ?
Un ingénieur de 32 ans, interrogé à Moscou, se montre rassurant quant à la situation. "Il est peu probable que nous nous retrouvions dans une situation comme en Corée du Nord, où tout communication serait complètement bloquée", explique-t-il. Néanmoins, il s'inquiète de la promotion active de MAX par le gouvernement.
Natalia Nikolaeva, une jeune femme de 23 ans, évoque les difficultés que ces restrictions engendrent pour les personnes âgées qui n'ont pas encore adopté ces nouvelles technologies de communication, accentuant la fracture numérique.
Simultanément, la Russie impose des restrictions à Telegram, autre service de messagerie prisé, allant dans la même direction de contrôle des médias sociaux étrangers.
Ekaterina, une actrice de 47 ans, plaide pour que "toutes ces ambiguïtés juridiques soient réglées" afin de préserver les droits des citoyens russes. Elle espère encore avoir accès à WhatsApp sansVPN, malgré la situation actuelle.
Des restrictions croissantes et des préoccupations
Pour l'heure, MAX demeure bien loin des chiffres de popularité de WhatsApp. Présentée par VK, ce géant russe des médias sociaux, MAX n’offre pas de cryptage des conversations, entraînant la crainte d'une surveillance accrue des utilisateurs.
Certaines restrictions, comme l'interdiction des appels sur WhatsApp et Telegram, sont déjà appliquées. Vilguelm, l’ingénieur, semble peu inquiet et affiche même son humour face à la situation : "S'il le faut, j’utiliserai des pigeons voyageurs", s’amuse-t-il.







