Entre ombre et lumière : le conflit avec l'Iran, un bilan mitigé

La guerre contre l'Iran révèle des résultats incertains et des espoirs ténus.
Entre ombre et lumière : le conflit avec l'Iran, un bilan mitigé
Au Liban, des familles déplacées s'apprêtent à reprendre la route, après l'annonce d'un éventuel cessez-le-feu, Sidon, 15 juin 2026 © Mohammed Zaatari/AP/SIPA

Les guerres naissent souvent de certitudes, mais se terminent fréquemment dans l'incertitude. Le conflit avec l'Iran en est un exemple frappant. Initialement lancé pour redéfinir l'ordre régional, il semble aujourd'hui s'achever sur un compromis précaire, à mi-chemin entre une véritable paix et une simple suspension des hostilités. Mais au Moyen-Orient, les répercussions des conflits ne se font pas toujours sentir immédiatement. L'incertitude persiste quant aux véritables conséquences qui pourraient encore se dessiner dans les mois à venir...

Alors que les dirigeants du G7 se rencontrent à Évian, tous les regards se tournent vers Genève, où un accord-cadre entre Washington et Téhéran pourrait être scellé ce vendredi. Les informations à ce sujet demeurent fragmentaires, mais plusieurs éléments semblent se confirmer. Ce ne serait pas un traité définitif, mais un mémorandum, ouvrant la voie à près de soixante jours de négociations supplémentaires. En retour d’une extension du cessez-le-feu et d'une réouverture totale du détroit d'Ormuz, les États-Unis envisageraient de lever certaines sanctions économiques. Cependant, les questions clés, notamment l'avenir du stock d'uranium enrichi, restent en suspens, tout comme les préoccupations concernant les capacités balistiques et le soutien aux réseaux régionaux iraniens.

Les Kurdes manquent à l'appel

Si cet accord venait à se concrétiser, il soulignerait un paradoxe. Jamais l'Iran n'avait subi une offensive militaire aussi violente depuis la guerre avec l'Irak. Mais au final, les objectifs initiaux semblent essentiellement inaccessibles. Pour cerner ce constat, il est essentiel de se replonger dans les débuts du conflit.

L'offensive initiale a été d'une rapidité surprenante. En quelques heures, une bonne partie des structures de commandement iraniennes a été touchée. Le but était clair : déstabiliser le régime, créer un choc et ouvrir une brèche politique propice à un effondrement du pouvoir. Cependant, cette campagne aérienne apparaissait comme la première phase d'un plan plus ambitieux.

De nombreuses informations relayées depuis la fin des hostilités indiquent qu'une deuxième phase, qui devait impliquer des forces kurdes stationnées en Irak, était envisagée. Plusieurs groupes kurdes iraniens avaient été approchés et des pourparlers étaient en cours avec des partis politiques kurdes d'Irak. Selon certaines sources, Washington songeait à fournir un soutien aérien pour permettre à ces forces d'opérer sur le sol iranien.

La logique semblait pertinente : la décapitation du régime suivie d'une insurrection régionale pourrait affaiblir suffisamment Téhéran pour engendrer un changement interne. Or, ce projet a été rapidement abandonné, à la suite de l'intervention de Donald Trump qui optait pour une autre stratégie.

Les révélations de l'ancien chef du renseignement militaire israélien, le général Tamir Hayman, pointent du doigt la décision de Trump de renoncer à l'option kurde après des discussions avec le président turc, Recep Tayyip Erdoğan. Ankara a exercé des pressions pour stopper toute opération menaçant ses propres intérêts vis-à-vis des mouvements kurdes armés.

Cette opposition turque était prévisible et aurait dû être anticipée. Depuis des décennies, la politique d'Ankara repose sur un rejet total de la consolidation du nationalisme kurde dans la région, la situation en Syrie en étant une illustration récente. Cela démontre à quel point l'abandon de l'idée d'une insurrection kurde a modifié les objectifs de cette guerre.

Précédemment, la campagne était pensée en vue d'un « end game » dont la faisabilité reste ou non à évaluer. Les frappes initiales n'avaient pas comme seul but la destruction des infrastructures, mais de favoriser un changement politique interne. L'échec de l'option kurde a rompu ce lien entre succès militaire et transformation politique, rendant les objectifs finaux presque inaccessibles.

Sentiment d'inachèvement

Bien que les frappes aient causé des destructions, elles n'ont pas établi de cadre crédible pour une transformation stratégique durable du paysage iranien. Cela explique le sentiment actuel d'inachèvement qui entoure le conflit.

Concernant le détroit d'Ormuz, la planification initiale s'appuyait sur l'idée d'une guerre brève. Le succès militaire devait être suivi d'un effondrement politique, empêchant Téhéran de perturber les flux énergétiques mondiaux. Cependant, au fur et à mesure que le conflit se prolonge, la situation évolue rapidement.

Détroit d'Ormuz

Un navire en feu après une attaque dans le détroit d'Ormuz © EPN/Newscom/SIPA

Le blocage partiel d'Ormuz n'a pas entraîné l'effondrement économique mondial redouté, mais a causé des augmentations des coûts de transport et d'assurance, une inflation croissante et un ralentissement de l'activité dans de nombreux pays consommateurs d'énergie. Ces conséquences rendent la prolongation du conflit difficile à gérer pour les États-Unis et leurs alliés.

Confronté à cette réalité, Trump a réorienté sa stratégie vers la nécessité d'une gestion des pertes plutôt qu'une transformation de la région. La guerre, initialement conçue comme un moyen de remodelage, se transforme en une série de gestes pour maintenir la stabilité sans véritable issue politique.

Militairement, les performances américaines et israéliennes ont été impressionnantes, mais sur le plan stratégique, le bilan est plus mitigé : le régime iranien demeure en place et son programme nucléaire, bien qu'entravé, reste actif.

Armistice (provisoire ?) à Genève

Le potentiel accord à Genève ne serait que le reflet de cette réalité : après une guerre entamée pour redéfinir l'équilibre régional, les négociations se résument désormais à une simple stabilisation du conflit. Ce retournement marque un changement de la logique de transformation vers une gestion de situation dégradée, où les États-Unis apparaissent moins comme facteurs de stabilité que comme sources d’incertitude.

Bien que la guerre semble se conclure sur un échec stratégique, il serait imprudent de sous-estimer ses effets à long terme. Dans le contexte plus large de la rivalité entre l’Iran et les États-Unis, les conséquences réelles pourraient prendre des années à se manifester.

Des événements récents, tels que le regain d'énergie de certaines franges de la société libanaise et les interrogations au sein de la communauté chiite, laissent entrevoir des changements possibles. La question demeure cependant : ces évolutions seront-elles suffisantes pour modifier les relations de pouvoir au Liban? Seul l'avenir permettra de le déterminer.

Les monarchies du Golfe, bien que désireuses d'assurer leur stabilité économique, peuvent-elles vraiment envisager la coexistence avec un Iran révolutionnaire? Les tensions persistantes restent un obstacle au développement de relations constructives.

Enfin, au cœur de cette guerre réside une question essentielle : l'avenir de la société iranienne elle-même. Quelles transformations pourront émerger d'un pays mis à mal par des décennies de contestation? Les révolutions peuvent surgir lorsque les conditions semblent moins oppressives, et il est possible que le véritable héritage de ce conflit se joue non pas à Genève ou à Washington, mais plutôt à Téhéran, Ispahan ou Chiraz.

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