Dans une discothèque de Rangoun, les lasers percent un ciel enfumé alors que la musique atteint des sommets de 150 décibels. Pourtant, ceux qui s'affalent sur les canapés semblent absorbés par leurs pensées.
Bien que le couvre-feu, instauré par le régime militaire en place depuis 2021, ait été levé, les jeunes restent méfiants quant à leurs retours nocturnes. Une inquiétude qui témoigne de la réalité inchangée du pays d'Asie du Sud-Est.
"C'est devenu une habitude pour eux" de prolonger leur sortie jusqu'à l'aube, explique un habitant de 29 ans qui arpente régulièrement les nuits rangounnaises, lors d'un échange avec l'AFP.
Cinq ans après le coup d'État, les autorités birmanes annoncent l’aube d’un nouveau chapitre, suite à des élections récentes. Cependant, celles-ci ont été largement orchestrées, écartant la célèbre Aung San Suu Kyi, tandis que le chef de la junte demeure à la tête du pays, et que la guerre civile perdure, maintenant la vie nocturne en proie à des craintes ancrées.
Selon les données de l’ONU, depuis 2021, le sentiment d'insécurité des jeunes se déplaçant seuls la nuit a doublé, atteignant 40%.
Parmi leurs angoisses : la menace d'une détention arbitraire ou d'un enlèvement par l'armée pour la conscription.
- Drogues festives -
La chanteuse Sae Sar, qui se produit sous un pseudonyme, souligne que ses fans, souvent exténués, ont besoin de ce moment de relâchement. "Garder toutes ces émotions à l'intérieur peut engendrer des problèmes", dit-elle.
La 19e rue de Chinatown à Rangoun, où les bars débordent de jeunes, est l'une des rares artères encore vivantes le week-end, en contraste avec des rues désertées par des chiens errants à l'approche de minuit.
Après le coup d'État, les manifestations pro-démocratiques ont été étouffées par une répression violente, menant à l’instauration d’un couvre-feu qui a été progressivement assoupli, jusqu’à être levé peu avant les élections de décembre dernier.
Les défenseurs des droits humains interprètent cet assouplissement comme une manœuvre visant à améliorer l’image d’un gouvernement essentiellement militaire.
Six mois après la suppression du couvre-feu, le paysage nocturne reste similaire. Une vendeuse de remèdes anti-gueule de bois témoigne : "Ni plus, ni moins de monde la nuit. Les gens aspirent simplement à la joie, bien que l’inquiétude subsiste".
Actuellement, la vie nocturne a changé de visage. Les drogues récréatives comme la kétamine, l’ecstasy et des mélanges explosifs appelés "happy water" se sont répandues.
"Les jeunes restent des jeunes. La fête les accompagne toujours", déclare un clubbeur de 29 ans qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité, tout comme les autres personnes interrogées.
À l'approche de minuit, lorsque la 19e rue s’apaise, certains partent vers Sanchaung, un quartier marquant des luttes passées. Un DJ de 31 ans constate : "Malgré les couvre-feux, les jeunes continuaient de sortir. Les autorités le savaient, mais ne les arrêtaient pas, car une fête éloigne les esprits de la résistance."







