La vie quotidienne des employés mexicains est épuisante. Avec une semaine de travail de 48 heures et un jour de repos, les moments de loisirs et de vie familiale sont rares. Cette dure réalité a conduit le Parlement à voter, fin février, une réforme ambitieuse : passer progressivement à 40 heures hebdomadaires, sans réduction des salaires.
Ce changement se fera de manière progressive : 46 heures en 2027, 44 heures en 2028, 42 heures en 2029, et enfin 40 heures en 2030. Actuellement, le Mexique affiche un temps de travail annuel moyen de 2.200 heures par salarié, bien supérieur à la moyenne de 1.700 heures dans les autres pays de l'OCDE, et ce pour un salaire moyen de seulement 20.000 dollars par an, comparé à 61.000 dollars dans d'autres nations de l'OCDE.
Cette réforme, soutenue par la présidente Claudia Sheinbaum, s'inscrit dans une dynamique positive, déjà marquée par des augmentations du salaire minimum et des congés payés. Jusqu'en 2024, le Mexique avait le triste record du pays avec le moins de jours de congé au monde, offrant seulement 6 jours. Ce seuil a depuis été relevé à 12 jours.
Un défi pour le secteur formel et informel
Pourtant, cette avancée n'est pas sans défis. "C’est une mesure incomplète", a déclaré Marko Cortés, membre du Parti d'action nationale. Avec 55 % des travailleurs dans le secteur informel, beaucoup resteront sans protection ni bénéfice de cette réforme. De plus, certains craignent que la législation ne garantisse pas deux jours de repos par semaine et permette jusqu'à 16 heures supplémentaires, augmentant potentiellement les heures de travail à 56 heures.
Clemente Castañeda, coordinateur du Movimiento Ciudadano, appelle à un renforcement du droit au repos, affirmant que les travailleurs ont besoin de temps pour leurs responsabilités familiales et leur bien-être personnel.
Une chance d'améliorer la productivité
Pour les entreprises, la réduction du temps de travail suscite des inquiétudes concernant une hausse des coûts. Une étude de l'Ipade Business School, rapportée par Milenio, prédit une augmentation des coûts de 10 à 25 % de la masse salariale. Cependant, cette réforme pourrait également aider à relever le défi de la faible productivité du pays.
"Malgré une longue durée de travail, le Mexique repose sur de faibles niveaux de productivité. Ce constat remet en question l'idée selon laquelle travailler plus longtemps mène à de meilleures performances économiques" – Stefano Scarpetta, directeur de l'emploi à l'OCDE, selon BBC Mundo.
Une diminution du temps de travail pourrait permettre d'éradiquer la fatigue et d'optimiser le rendement au sein des entreprises. Alejandro Vázquez Ríos, professeur à l'Ipade, souligne qu'il est essentiel de revoir la gestion de la performance, en passant d'une approche axée sur la présence à une autre centrée sur les résultats.
Les recommandations incluent l'automatisation des tâches répétitives, la standardisation et une réduction des lourdeurs administratives. Cette réforme pourrait être l'occasion de transformer le paysage professionnel mexicain, en associant bien-être au travail et productivité.







