La filière n'est pas en danger à long terme, mais les producteurs subissent de plein fouet une chute des prix. Alors qu'après des récoltes abondantes, l'Europe fait face à un excès de pommes de terre, la situation devient urgente pour les agriculteurs.
Recently, des agriculteurs français ont exprimé leur frustration en déversant 20 tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde à Paris, illustrant leur colère contre la crise actuelle. Selon Denis Lavenant, agriculteur des Yvelines, « cela nous coûte moins cher de donner ces pommes de terre que de les stocker ». En Belgique, des actions similaires ont eu lieu, avec de nombreux agriculteurs distribuant des tracts et des tubercules sur une autoroute, dénonçant des prix qui plongent en dessous des seuils viables.
François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques au CNIPT, explique que le secteur a été frappé par un « déséquilibre entre l'offre et la demande », exacerbant la situation. Le réseau NEPG, qui regroupe les quatre principaux producteurs européens, alerte sur une surproduction croissante. En effet, une récolte avoisinant les 30 millions de tonnes est attendue, représentant une hausse de 10 % par rapport à l'année précédente.
Cette abondance de récoltes, issue principalement des géants comme l'Allemagne, qui réalise sa meilleure année en 25 ans, et la France, montre que l'offre dépasse largement la demande. « La demande industrielle recule alors que l'offre continue de croître », note Broutin.
Les raisons de ce phénomène sont multiples : « une contraction du marché des frites surgelées » due à l’augmentation des droits de douane américains, un euro fort qui entrave les exportations, et une concurrence accrue de produits transformés provenant de pays tels que la Chine et l'Inde. En l'espace de seulement deux ans, les exportations indiennes et chinoises de frites congelées vers les pays voisins ont multiplié par dix, exacerbé par une diminution des exportations de l'UE.
Malgré cette situation délicate, certains experts estiment que cette crise pourrait être conjoncturelle. Broutin évoque une augmentation soutenue de la demande mondiale, notamment en France, où les surfaces cultivées augmentent de manière disproportionnée par rapport à la demande réelle. « Les volumes récoltés cette année correspondent à ceux attendus pour 2030 », note-t-il, faisant référence à de nouvelles usines qui sont en cours de construction pour répondre à cette demande croissante.
Cependant, la situation reste critique pour les producteurs, avec des prix dégringolant à des niveaux alarmants. Alors qu'une grande partie des volumes est sécurisée par des contrats, certains agriculteurs se trouvent affectés par les circonstances du marché libre. Fin 2025, le prix des pommes de terre variait entre 0,50 et 4 euros les 100 kg selon les régions, poussant le NEPG à interroger les agriculteurs sur leur volonté de « produire tout en perdant de l'argent ».
En France, l'UNPT a signalé une réduction significative des contrats proposée par les industriels, assortie d'une « baisse de 25 % » des prix annoncés. Par exemple, le prix de la tonne de pommes de terre Fontane est passé de 180 euros l'année dernière à environ 130 euros cette année. Cette situation pourrait forcer les agriculteurs à reconsidérer leurs choix de culture dans l'année à venir.







