Frustrées d'être perçues comme des coupables par les politiques, les principales enseignes de supermarchés ont lancé le 22 juin une campagne de communication visant à démontrer leur engagement pour le pouvoir d'achat, en limitant notamment les hausses de prix sur des produits populaires tels que Nutella et Coca-Cola. Cette initiative a suscité des réactions vives parmi les industriels.
Chaque année, entre le 1er décembre et le 1er mars, supermarchés et fournisseurs agroalimentaires engagent des négociations, souvent qualifiées de brutales, qui influencent directement les prix en magasin. Les enseignes affirment que, sans ces négociations, le panier de produits de base pourrait coûter jusqu'à 37 % plus cher.
La campagne consiste en une affiche présentant douze produits de consommation courante, montrant un prix avant négociation de 71,49 euros et un prix après négociation de 52,12 euros. Les supermarchés précisent que ces économies oscillent autour de 37 % en raison de leurs efforts de négociation, résultant notamment de pressions politiques pour alléger le fardeau des agriculteurs.
Arrêtez de réglementer
Dans une intervention sur BFMTV, Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, a indiqué : "Nous avons décidé d'une déclaration unie sur ce sujet". Il cible un ensemble de mesures parlementaires qui chercheraient à entraver le pouvoir de négociation de la grande distribution.
Fin mai dernier, une commission d'enquête du Sénat a critiqué les "pratiques abusives" des distributeurs vis-à-vis de leurs fournisseurs, appelant à rétablir un équilibre dans la chaîne d'approvisionnement pour protéger l'agriculture et l'industrie locales. Le rapport évoque des menaces de déréférencement et des ventes de services jugés "inutiles".
Ces 24 recommandations soulignent qu'il est urgent d'arrêter de permettre à la grande distribution de négocier les prix, a rétorqué Bompard sur BFMTV.
Il a poursuivi : "Laissez-nous faire notre métier, arrêtez de réglementer, ce qui nous empêche de mener à bien notre travail de négociation. Ces dernières années, de nombreuses dispositions ont déjà limité notre capacité à négocier".
Une mise en scène démagogique
De son côté, l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) a qualifié cette campagne de "mise en scène démagogique", arguant qu'elle mêle demandes tarifaires et prix de vente, induisant une confusion sur la formation des prix.
Les géants de l'agroalimentaire signalent également un climat de négociation dégradé, affectant non seulement les PME, mais aussi les grandes multinationales. Le chiffre avancé par les distributeurs de "37 % plus cher" provient de données transmises par ces derniers à un tiers indépendant, concernant les hausses tarifaires des fournisseurs.
Si la grande distribution avait accepté toutes les augmentations demandées par les industriels au cours des cinq dernières années, le prix du Nutella serait de 9,65 euros le pot d'un kilo contre 6,77 euros actuellement, et d'autres produits suivraient une tendance similaire.
Remettre le consommateur au cœur des décisions
Les industriels, pour leur part, argumentent que les augmentations de coûts dues aux tarifs des emballages, de l'énergie et des salaires n'ont pas été acceptées par la grande distribution, nuisant ainsi à leur rentabilité et à leur capacité d'investissement.
Avec une inflation alimentaire spécialisée d'environ 25 % ces dernières années, Bompard met en garde : "Chaque décision qui affaiblit notre pouvoir de négociation se traduira par des prix plus élevés pour le consommateur".
Dans le cadre d'un projet de loi d'urgence agricole actuellement examiné, des amendements pourraient durcir les sanctions contre les pratiques dénoncées par les industriels, comme la réduction des commandes lors des négociations. Thierry Cotillard, directeur des Mousquetaires/Intermarché, fait part de ses inquiétudes quant à ce changement. Philippe Michaud, président exécutif d'E.Leclerc, conclut : "Il est temps de replacer le consommateur au centre des décisions".







