Jean-Baptiste Rivoire, journaliste d'investigation, a été condamné mercredi par la cour d'appel de Versailles à verser 142.500 euros à son ancien employeur, Canal+, pour avoir témoigné contre le groupe dans un documentaire, en dépit d'une clause de confidentialité signée.
Rivoire a exprimé sa déception sur son site Off Investigation : "Pour avoir prononcé quelques mots dans un documentaire de RSF, je vais devoir verser 142.500 euros à Canal+." En effet, fin 2021, il avait critiqué les pratiques du groupe et son propriétaire Vincent Bolloré au cours d'une interview avec Reporters sans frontières.
L'ONG a fait part de ses préoccupations, déclarant que cette décision "crée un dangereux précédent" pour la profession. "En mettant la réputation d'une entreprise au-dessus de la liberté d'informer, cette affaire constitue un signal alarmant pour tous les journalistes," a déclaré RSF.
La cour a jugé que le délai entre la signature de la clause et les propos de Rivoire était trop court pour être considéré comme raisonnable. Elle a aussi noté que le dénigrement reproché au journaliste s'inscrit dans un contexte social plus large, particulièrement accentué depuis la suppression de l'émission emblématique Les Guignols de l'info.
Lors d'une première audience, Rivoire avait été condamné à une amende plus importante de 151.500 euros par le conseil des prud'hommes de Boulogne-Billancourt. Selon l'avocat de Rivoire, Me Vincent Brengarth, cette décision "ne prend pas en compte l'atteinte à la liberté d'expression" causée par la clause, qualifiée de "bâillon". Il a ajouté que le journaliste envisage de se pourvoir en cassation.
Rivoire a aussi souligné que sa condamnation arrive alors qu'environ 600 professionnels du cinéma, dont de célèbres acteurs tels que Juliette Binoche et Adèle Haenel, ont dénoncé "l'emprise grandissante de l’extrême droite" sur l'industrie cinématographique française, notamment sous l'influence de Bolloré.
En réponse à cette tribune, Maxime Saada, le directeur général de Canal+, a déclaré ne plus vouloir collaborer avec ceux qui l'ont signée, augmentant ainsi la tension entre le groupe et le milieu artistique.







