Dans un rapport remis ce mercredi, les sénateurs Marie-Claire Carrère-Gée (LR) et Hervé Maurey (UC) affirment que l'ouverture à la concurrence des lignes TGV et TER présente davantage de risques que de bénéfices. Leur analyse témoigne d'un consensus alarmant partagé par la SNCF et de nombreux syndicats depuis plusieurs mois. "Cette ouverture, bien que prometteuse sur le papier, entraîne des défis que nous n'avons pas su anticiper", soulignent-ils.
Les sénateurs insistent sur le fait que trop de problèmes n'ont pas été pris au sérieux. "Il semble que les pouvoirs publics aient choisi de faire confiance uniquement aux avantages supposés de la concurrence", a déclaré Carrère-Gée. Les conséquences pour le réseau ferroviaire français, déjà sous pression, pourraient être désastreuses.
En ce qui concerne les TGV, la direction de la SNCF, avec le soutien de ses syndicats, a exprimé des inquiétudes quant à l'inégalité que crée cette concurrence. Les nouveaux acteurs, souvent attirés par la rentabilité, laissent de côté les lignes moins lucratives, une situation qui impose à la SNCF de financer cette péréquation, estimée à 200 millions d'euros chaque année. L'une des conséquences de cette compétition sauvage est la perte d'environ la moitié de la marge sur la ligne Paris-Lyon, ce qui affaiblit davantage les lignes plus éloignées.
Si les acteurs alternatifs prétendent que la concurrence pourrait générer de nouveaux revenus pour le gestionnaire des infrastructures, les élus restent sceptiques. "La SNCF ne peut pas être le seul financeur face à divers enjeux d’aménagement du territoire", remarque Maurey, en insistant sur la nécessité d'un financement étatique renforcé, surtout dans la perspective de concessions autoroutières prévues pour 2030.
des mesures nécessaires pour une concurrence équitable
Les sénateurs recommandent des mesures contraignantes, telles que l’allocation prioritaire des sillons ferroviaires à ceux qui desservent les zones moins rentables. Ils dénoncent un éclatement de la distribution des billets et un manque de clarté dans l'organisation de la concurrence, qui pourrait nuire à la fluidité des voyages.
Ils suggèrent en conséquence que l'État prenne un rôle central dans cette nouvelle ère ferroviaire, en établissant un plan directeur pour garantir la cohérence et la continuité des services. Il paraît également essentiel, selon leurs recommandations, d'identifier un intégrateur responsable pour assurer que la concurrence serve l’intérêt général tout en préservant les lignes historiques.
Enfin, le rapport souligne la nécessité d'une vision à long terme pour développer le système ferroviaire. En l'absence d'une telle planification, les promesses de services élargis et accessibles à toute la population risquent de rester lettre morte. Pour Carrère-Gée, "la concurrence ne doit pas être considérée comme une panacée. Un pilotage fort de l'État est indispensable pour éviter les dérives".







