Fabien Chevrier, 53 ans, diplômé des Beaux-Arts de Bordeaux, intervient à l'école de Saint-Éloi-de-Fourques, près d'Évreux (Eure). Cet artiste a un objectif : permettre aux enfants de toucher et de découvrir les œuvres pour mieux comprendre leur création avant d'aborder l'histoire de l'art.
Son ambition ? Rendre la culture vivante dans les zones rurales et périurbaines. Fabien, qui a grandi dans la campagne du Berry, se définit comme un « expressionniste » inscrit à la Maison des Artistes. Selon lui, son travail s'articule autour d'une mythologie personnelle, une fable graphique inspirée de son enfance. « J'écris des contes, je peins des personnages à la marge, je fais des performances… », explique-t-il.
« Je me vois comme un montreur d’ours »
Pour garantir des revenus stables, il a intégré l'Éducation Nationale, où il a travaillé dans divers milieux, y compris des prisons. Aujourd'hui, il se décrit comme un artiste médiateur, même s'il préfère l'idée d'être un « montreur d’ours » qui apporte la magie. Dans la classe de Justine Motte, il anime des séances d'initiation aux arts, consciente que de nombreux enfants n'ont pas accès à la culture artistique.
« Beaucoup d'enfants grandissent sans livres, tableaux ni sculptures à la maison. Les écoles se trouvent souvent en manque de ressources. Emmener les élèves au musée nécessite un transport coûteux. Je m'efforce donc de susciter réflexions et débats autour des arts, un geste pour le petit garçon que j'ai été, rural et isolé », souligne-t-il.
Fabien a commencé à apporter ses propres tableaux pour les observer sous un autre angle. « Les enfants ne connaissent pas vraiment l'objet artistique, son processus de fabrication. Je les encourage à toucher le relief de la peinture, à ressentir la texture avant même de discuter d'artiste, de style ou d'œuvre. Mon rôle est de les guider avant que les parents ne prennent le relais. J'espère que les enfants pourront s’émerveiller face à l’art, que ce soit en feuilletant un livre ou en écoutant de la musique », ajoute-t-il.
Pour ce faire, il souligne la nécessité de lutter contre l'uniformisation culturelle, en revendiquant des ressources et des choix politiques adaptés. Fabien possède de nombreuses idées, notamment la création d'une artothèque en collaboration avec la ville de Grand-Quevilly, qui mettrait à disposition des œuvres dans les écoles locales. Il souhaiterait également établir une résidence de circassiens au Cirque-Théâtre d'Elbeuf et transformer la médiathèque du village en un lieu de partage culturel convivial.
En parallèle, il envisage des échanges avec le FRAC Normandie pour le prêt d’œuvres, l'installation d'un café culturel et même un bus galerie pour parcourir les routes de l'Eure. En somme, Fabien Chevrier n'hésite pas à bousculer les conventions pour rendre l'art accessible à tous, et ses initiatives promettent d'enrichir l'expérience culturelle des jeunes générations.







