Une exposition captivante rend hommage à la vie de femmes qui ont passé des décennies au château de Cadillac, autrefois prison, puis institution éducative. Entre 1822 et 1951, des milliers de femmes et de jeunes filles ont connu l'enfermement, sans que leur histoire soit véritablement racontée. Loin des regards, les conditions de vie y étaient souvent terribles, comme le révèle une recherche approfondie menée par les Archives départementales de la Gironde.
Le château, construit par le duc d’Épernon à la fin du XVIIe siècle, a tout d'abord servi de prison pour femmes, avant de devenir une maison d'éducation pour jeunes filles. En fouillant dans les archives, des documents inédits ont été révélés, dévoilant des réalités choquantes de cet établissement. Des témoignages collectés par Cyril Olivier, coordinateur des recherches, décrivent des conditions d'hygiène déplorables et une mortalité d'environ 98 détenues en une seule année, en raison de maladies variées, allant de la tuberculose aux infections gastriques.
Le directeur des relations publiques de l'exposition, a exprimé : « Notre objectif était de redonner vie à ces femmes invisibilisées par l'histoire », soulignant l'importance de mettre en lumière les récits individuels souvent négligés dans les chiffres. Celles qui étaient là pour des délits variés, comme le vol ou l’infanticide, faisaient face à un système pénitentiaire qui cherchait plus à punir qu’à réhabiliter. Il est révélateur de constater que jusqu'à 71 % des femmes étaient incarcérées pour vol et que peu d'attention a été portée sur leurs histoires personnelles, souvent tragiques.
À la fermeture de la prison en 1891, les 177 dernières détenues ont été transférées à Rennes. Le château a rouvert en 1905 sous une autre forme, devenue école de préservation, où des jeunes filles de 12 à 21 ans, considérées comme ayant agi sans discernement, étaient regroupées. Même si l’éducation était au cœur de l’établissement, les témoignages indiquent que le lieu restait avant tout punitif, cherchant à annihiler toute forme de personnalité, renforçant ainsi le sentiment d'oppression.
Les visiteurs de cette exposition auront l'occasion de découvrir non seulement des archives, mais aussi des travaux de la photographe Agnès Geoffray, qui a documenté cette mémoire oubliée pendant une résidence artistique. L'exposition, qui se tient jusqu'au 26 avril 2023 aux Archives municipales de la Gironde à Bordeaux, représente une occasion essentielle de redécouvrir et de réfléchir sur cette page sombre du passé. Les réactions d'experts et d'historiens locaux appellent à une prise de conscience de ces injustices passées et à un dialogue continu sur le statut des femmes dans la société actuelle.







