Dans le vignoble de Bergerac, un vent de contestation souffle après l'annonce du banquet du Canon français prévu à Périgueux pour célébrer les 80 ans de l'appellation Pécharmant. Alors que certains vignerons se désolidarisent de cet événement, d'autres travaillent à une alternative qui reflète leurs valeurs.
« J'ai honte. » C'est avec ces mots qu'Aurèle Roux, à la tête du domaine de Bonvin à Pomport, exprime son désarroi face à l'organisation de ce banquet controversé. Depuis plusieurs semaines, des accusations d'instrumentalisation par l'extrême droite entourent cet événement. « Je refuse que le Canon français soit associé à nos appellations », confie-t-il, déplorant les communiqués de la Fédération des Vins de Bergerac et Duras qui soutiennent cette initiative.
Des voix qui s'élèvent contre l'instrumentalisation
De nombreux viticulteurs partagent son indignation. La Confédération paysanne, par exemple, a vivement réagi en dénonçant la récupération politique des symboles du monde rural pour promouvoir des idées réactionnaires. Vincent Alexis, du domaine du Barouillet, explique que l'extrême droite a « saisi l'opportunité de glorifier la bonne vieille France », tout en défendant des pratiques d'agriculture intensive.
Face à cette situation, plusieurs vignerons ont décidé de créer un contre-événement, un banquet alternatif à Bergerac, prévu pour le 24 octobre, le même jour que l'événement du Canon. « Il s'agit d'une fête populaire, davantage accessible et mettant en avant les producteurs locaux », précise Vincent Alexis. Ce projet, qui a déjà suscité un intérêt considérable, vise à rassembler la communauté viticole autour d'une vision plus inclusive de l'appellation.
« Nous voulons montrer que la convivialité est essentielle dans notre terroir », ajoutent Alexis et son partenaire, Olivier Candon du domaine du Bout du Monde. Soucieux de défendre leurs valeurs, ces vignerons aspirent à une célébration qui reflète véritablement l'identité du Périgord.
Un débat qui divise
Ce clivage n'est pas anodin. Éric Chadourne, un autre viticulteur, abonde dans ce sens : « Certains clients annoncent publiquement qu'ils ne consommeront plus de Pécharmant à cause de cette polémique, d'autres se battent pour obtenir des places au banquet du Canon ». Un reflet des profondes divisions qui traversent la société française actuelle.
De son côté, Didier Roches, président de l'appellation, assure que l'organisation de cet événement reste un choix viable. « Si nous doutons des projets ambitieux, nous risquons de ne plus rien faire », souligne-t-il. En dépit des tensions, il espère que l'appellation pourra continuer à évoluer, avec une vision claire et collective.
Alors que la date butoire approche, l'appellation Pécharmant semble à la croisée des chemins, unissant certains vignerons pour une fête alternative, tout en cherchant à se distancier du banquet controversé. Dans les jours à venir, les discussions et débats promettent de se poursuivre au sein de ce vignoble emblématique de la région.







