Iran : une routine illusoire face à la crise économique

Alors que Téhéran retrouve une vie sociale, la réalité économique est alarmante.
Iran : une routine illusoire face à la crise économique
©ATTA KENARE, AFP - Deux Iraniennes dans les rues de Téhéran le 28 avril 2026.

À Téhéran, les jeunes se détendent, sirotent des cocktails et flânent dans les parcs, offrant l'image d'une vie presque normale. Pourtant, cette normalité est teintée d'un luxe inaccessibile pour beaucoup, alors que la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis en février dernier pèse lourdement sur l'économie.

De récentes vidéos de l'AFP montrent l'animation des quartiers chics du nord de la ville, où les femmes abandonnent en partie le voile. Cependant, cette légèreté cache une inflation galopante et un taux de chômage alarmant, conséquences des conflits et des sanctions qui frappent le pays. D'après le vice-ministre iranien du Travail, plus de 190.000 demandes d'allocations chômage ont été enregistrées depuis le début des hostilités.

"Pour beaucoup, se loger ou se nourrir est devenu un défi", explique Mahyar, un jeune entrepreneur, interrogé par un correspondant de l'AFP à Paris. "Seuls ceux qui possèdent des biens immobiliers ou des entreprises florissantes à l'abri des crises peuvent encore jauger d'une situation confortable." Son entreprise a déjà dû se séparer de 40% de son personnel.

Les salaires stagnent pendant que les prix s'envolent. Selon le Centre national des statistiques, l'inflation a dépassé les 54%. "Même les plus privilégiés se battent pour joindre les deux bouts", affirme Tonekabon, un propriétaire immobilier, dont les locataires ont du mal à payer leur loyer. "Chacun répare ou achète de l'occasion pour survivre."

Actuellement, le coût des denrées alimentaires atteint des sommets. Un litre d'huile de cuisine se vend quatre millions de rials, tandis que le prix des œufs atteint 240.000 rials, et celui de la viande varie entre 7 et 23 millions de rials le kilogramme. Pour ceux qui subsistent avec un salaire minimum quotidien d'environ 5,5 millions de rials – approximativement 3 dollars sur le marché noir – ces prix sont rédhibitoires.

Shahin, un étudiant de 18 ans, témoigne : "Nos tables sont presque vides. Avant, même en période de guerre, les prix n'augmentaient pas aussi rapidement. Maintenant, c'est la jungle."

Fatemeh, 29 ans, s’inquiète pour sa famille. Son mari est au chômage et elle doit retarder ses soins dentaires, ne pouvant plus se permettre de lait pour son jeune enfant. "De nombreux amis renoncent à des soins médicaux car c'est devenu trop coûteux," dit-elle, une grimace de préoccupation scotchée au visage.

La dévaluation alarmante de la monnaie a déclenché les plus grandes manifestations de l'histoire moderne du pays, avec des grèves dans le bazar de Téhéran en décembre. Au mois de janvier, des milliers d'Iraniens ont perdu la vie dans la répression des autorités, témoignent les ONG de défense des droits de l'homme.

En conséquence, les horaires d'ouverture des bazars sont réduits, et le secteur du bâtiment subit des pertes drastiques, impactant en particulier la communauté des travailleurs migrants afghans. Shervin, un photographe, a récemment perdu son emploi en ligne et a même dû acquitter son loyer en retard pour la première fois, victime des coupures d'internet imposées. "Néanmoins, je m'efforce de rester positif. Je continue de profiter des parcs et des cafés de Téhéran. Je cherche la beauté de la vie malgré tout," conclut-il.

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