La méfiance grandissante face à la crise de l'eau en Iran : entre sécheresse et conflits

L'Iran, en proie à une sécheresse historique, subit les conséquences d'un régime défaillant.
La méfiance grandissante face à la crise de l'eau en Iran : entre sécheresse et conflits
Evolution du lac d'Ourmia en Iran entre 2020 et 2023 © NASA EARTH OBSERVATORY / AFP
La guerre en Iran se superpose à une sécheresse historique, conséquence du réchauffement climatique et de décennies de mauvaise gestion de la part du régime.

Une ressource vitale à protéger à tout prix. Les infrastructures énergétiques sont désormais des cibles régulières en Iran et dans les pays du Golfe, mais les récentes attaques contre des infrastructures hydrauliques suscitent également des inquiétudes croissantes. Le 7 mars dernier, l'Iran a accusé l'armée américaine d'avoir frappé une station de dessalement à Qeshm, une accusation démentie par Washington. En réponse, Téhéran a attaqué une usine de dessalement au Bahreïn.

Alors que le conflit entre dans son 22e jour, des experts et des dirigeants locaux s'alarment de l'aggravation de l'accès à l'eau dans une région déjà parmi les plus arides au monde. Le président Emmanuel Macron a récemment rappelé l'importance d'une désescalade, appelant à un moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles comme celles liées à l'eau et à l'énergie.

Pire sécheresse depuis 60 ans

Le ciblage des "installations et réserves d'eau potable" est formellement interdit par les Conventions de Genève. Pourtant, en Iran, cette situation pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les populations civiles. Le pays est confronté à une sécheresse historique depuis 2020, exacerbée par les vagues de chaleur extreme. En 2023, des températures proches de 50°C ont contraint les autorités à ordonner un confinement temporaire.

L'année 2025 s'est avérée être la plus sèche depuis six décennies, avec les réserves d'eau de Téhéran tombées à seulement 5% de leur capacité. Les étés d'Iran sont généralement rythmés par les pluies d'automne, mais cette année, les sommets montagneux qui fournissent cette eau sont restés désespérément dénudés.

Pour gérer cette crise, le gouvernement a imposé des restrictions sur l'approvisionnement en eau, limitant l'accès pour les habitants de la capitale. Ce contexte a conduit le président iranien à envisager l'évacuation d'une partie de la population de Téhéran, un geste symbolique du désespoir face à la situation grandissante.

Evolution du lac d'Ourmia en Iran entre 2020 et 2023
Evolution du lac d'Ourmia en Iran entre 2020 et 2023 © NASA EARTH OBSERVATORY / AFP

La crise de l'eau a suscité l'émergence de manifestations, bien moins médiatisées que celles de l'année précédente. Les Iraniens ont scandé des slogans tels que "l'eau, l'électricité, la vie : nos droits fondamentaux". L'année 2026 est marquée par une situation encore alarmante, malgré quelques pluies passagères en décembre dernier, qui n'ont pas suffi à remplir les réserves, laissant le sol trop sec et dégradé.

"Aujourd’hui, de nombreux réservoirs sont presque vides"

La situation s'explique également par des décisions de gestion de l'eau désastreuses prises par le gouvernement iranien. David Blanchon, professeur à l'université Paris-Nanterre, évoque une fois de plus l'héritage d'un savoir-faire millénaire, où la gestion de l'eau se faisait initialement grâce à des qanats, des systèmes souterrains permettant d'irriguer les villes. Cependant, l'augmentation de la population et l'urbanisation rapide ont rendu ces systèmes obsolètes.

Après la révolution islamique de 1979, l'Iran a investi massivement dans des projets de barrages, souvent entachés de corruption. Bloomberg, quant à elle, décrit un réseau de clients politiques surnommé "mafia de l'eau", qui a mené à une exploitation désastreuse de cette précieuse ressource.

Eric Lob, expert en relations internationales, souligne que "aujourd'hui, de nombreux réservoirs sont presque vides". Les propos de l'ancien président américain Donald Trump, tenus lors d'un discours en Arabie Saoudite, atteste également d'une prise de conscience internationale grandissante sur la question : "Les dirigeants iraniens ont transformé des terres agricoles verdoyantes en déserts arides".

Des cultures gourmandes en eau

La crise s'aggrave non seulement à cause d'une exploitation inappropriée, mais également en raison des choix de culture. Certains secteurs, comme ceux contrôlés par les Gardiens de la Révolution, consomment une quantité massive d'eau. Azadeh Kian, professeure à l'Université de Paris-Cité, alerte sur l'expansion non régulée de l'agriculture, même dans des régions arides.

Combattant pour leur survie, de nombreux agriculteurs se tournent vers le pompage illégal des eaux souterraines, ce qui assèche encore plus les aquifères de la région. Selon le site Carbon Brief, l'agriculture représente 90% de la consommation d'eau du pays.

Face à cette crise, le régime met en place des mesures temporaires telles que le rationnement de l'eau et des distributions par camion. Des projets ambitieux tels que l'ensemencement des nuages ont été proposés, même si leur efficacité reste à prouver.

L'eau polluée par les frappes?

La guerre en cours pourrait aggraver la situation, mais jusqu'à présent, les infrastructures essentielles n'ont pas été gravement affectées. Néanmoins, les frappes sur les installations énergétiques pourraient avoir des répercussions indirectes sur la qualité de l'eau. Les experts craignent que la pollution issue des bombardements perturbe l'eau potable de Téhéran, déjà en situation critique.

Les spécialistes comme Azadeh Kian mettent en garde : "La guerre ne fait qu'aggraver la situation, car les investissements qui étaient prévus pour améliorer l'approvisionnement en eau seront désormais redirigés vers la reconstruction".

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