Du détroit d'Ormuz aux champs de l'Hexagone, la guerre qui ravage le Moyen-Orient a des répercussions significatives sur le marché des engrais. Les prix du gaz, essentiel pour leur fabrication, soulèvent des questions sur la dépendance croissante de l'agriculture française vis-à-vis des engrais azotés de synthèse.
"Si ce conflit perdure jusqu'en juin, il pourrait entraîner l'accès à la nourriture pour 45 millions de personnes supplémentaires", a averti Carl Skau, directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM) le 17 mars. Selon lui, la flambée des coûts de l'énergie, entraînant celle des engrais, contribue à la menace de la famine mondiale.
Les engrais, qu'ils soient organiques ou synthétiques, sont cruciaux pour la croissance des cultures alimentaires. "Les plantes, à l'exception des légumineuses, ont besoin d'azote pour croître, mais souvent l'apport naturel du sol n'est pas suffisant pour des rendements optimaux", explique Sylvain Pellerin, chercheur à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). La guerre actuelle, qui secoue la région depuis le 28 février, compromet gravement la production et l'exportation de ces ressources vitales.
Une production énergivore
La fabrication des engrais de synthèse dépend d'un processus nécessitant de l'ammoniac, lui-même produit à partir de gaz. "La transformation de l'azote de l'air en ammonium est très gourmande en énergie", souligne Alain Carpentier, chercheur à l'Inrae. Actuellement, aucune technologie mature ne permet de produire ces engrais sans émettre de carbone, conférant un avantage aux nations disposant de gisements gaziers importants, telles que les pays du Golfe, l'Iran ou la Russie.
Près de 30 % des engrais échangés mondialement transitent par le détroit d'Ormuz, d'après les estimations de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Cependant, avec la fermeture de ce passage stratégique depuis trois semaines, couplée aux frappes contre les infrastructures pétrolières et gazières, l'approvisionnement devient de plus en plus chaotique, selon les rapports de la FAO.
Bien que certains pays, y compris la France, soient en mesure de produire localement une partie de leurs engrais – près d'un tiers de ses besoins en 2022, selon le ministère de l'Agriculture – il reste crucial de pouvoir importer du gaz pour faire fonctionner les usines. En effet, en l'espace de trois semaines de conflit, le prix du gaz naturel liquéfié a grimpé de 35 %.
"Nous prévoyons une augmentation moyenne de 15 à 20 % des prix mondiaux des engrais durant le premier semestre 2026 si la crise continue."







