Un ancien général de brigade et un ancien policier ont été jugés à partir de ce lundi en Autriche pour des tortures infligées à des opposants au régime de Bachar al-Assad entre avril 2011 et mars 2013 à Raqqa.
Le parquet accuse ces deux hommes d'avoir ordonné ou toléré de graves mauvais traitements sur 21 détenus, lors d'une répression brutale des mouvements de protestation, comme l'a précisé le communiqué du tribunal de Vienne.
Les accusés, Khaled al-Halabi et Musab Abu Rukbah, ont demandé l'asile en Autriche en 2015 et y résident actuellement. Khaled al-Halabi est en détention provisoire depuis fin 2024, selon l'agence APA, et a été décrit par certaines ONG comme le plus haut gradé syrien responsable d'exactions présent en Europe.
Il est poursuivi pour des infractions de torture, de contrainte aggravée, d'agression sexuelle, ainsi que pour de multiples lésions corporelles graves, avec une peine maximale de dix ans de prison. Son coaccusé, Musab Abu Rukbah, fait face à des accusations similaires.
L'acte d'accusation relate que la prescription des crimes a été suspendue par les enquêtes en cours, en vertu des législations autrichiennes qui prévoient des poursuites pour des actes criminels commis à l'étranger.
Le tribunal de Vienne a compétence, du fait de la résidence des prévenus, pour juger ces affaires. Les audiences sont prévues sur treize jours, jusqu'au 30 juin, avec de nombreux témoignages de victimes provenant de Syrie et d'Europe attendus.
Anwar al-Bunni, un avocat syrien exilé en Allemagne et ancien détenu dans les prisons syriennes, soulève des interrogations sur la qualification des crimes, déclarant à l'AFP : "Pourquoi ne sont-ils pas inculpés de crimes contre l’humanité, comme cela a été fait lors d'un procès en Allemagne ?"
En 2022, un ancien employé des services de renseignement syriens a été condamné à la réclusion à perpétuité en Allemagne, soulignant l’importance des procès pour la justice internationale.
En 2023, des hauts fonctionnaires autrichiens qui avaient aidé al-Halabi à obtenir une protection avaient été relaxés, ouvrant la porte à des critiques sur la complicité possible de l'Autriche avec des criminels de guerre.
Le parquet a évoqué un accord en mai 2015 avec le Mossad israélien qui aurait facilité l’exfiltration de Khaled al-Halabi vers l’Autriche. En 2016, l'ONG Commission internationale pour la justice et la responsabilité (CIJA) avait alerté sur des implications d’Halabi dans des crimes de guerre, changement d’identité compris.
Tatiana Urdaneta Wittek, du Centre international pour l'application des droits humains, a déclaré à l'agence APA : "L'Autriche ne doit pas devenir un refuge pour les criminels de guerre", représentant 18 des 21 victimes connues.







