Le premier tour de l'élection présidentielle colombienne a révélé un pays en pleine tourmente, avec un affrontement entre la gauche au pouvoir et la droite dure. La Colombie, confrontée à une violence des groupes armés d'une intensité jamais vue depuis dix ans, se dirige vers un second tour le 21 juin.
L'avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, admirateur de Trump, a remporté 43,74% des suffrages, devançant Ivan Cepeda, le sénateur de gauche, qui a obtenu 40,91%. Ce dernier, héritier politique du président Gustavo Petro, a vu ses espoirs de victoire s'effondrer, alors même que les sondages l'annonçaient en tête.
"Nous allons transformer l'histoire de la Colombie", a déclaré de la Espriella lors d'une célébration à Barranquilla, lançant ainsi un défi à son rival dans un climat électoral tendu. La sénatrice Paloma Valencia, soutenue par l'ancien président Alvaro Uribe, a quant à elle récolté moins de 7% et a annoncé son soutien à de la Espriella.
Ce dernier incarne une réponse radicale à la montée de la violence, qui a été exacerbée depuis la signature de l'accord de paix avec les Farc en 2016. Des attaques ciblées ont entraîné la mort de responsables communautaires et des civils, ajoutant au climat de peur qui règne dans le pays.
La divergence entre Cepeda et de la Espriella se manifeste particulièrement dans leurs approches de la paix. Pendant que Cepeda prône la poursuite des dialogues avec les groupes armés, de la Espriella promet une lutte acharnée contre ces organisations criminelles, allant jusqu'à la construction de méga-prisons et le bombardement des camps de trafic de drogue.
La spécialiste des conflits, Gloria Terranova, souligne la polarisation actuelle : "Nous sommes dans des positions radicales". De la Espriella, connu sous le nom de "Le Tigre", promet de sévères réprimandes aux membres des gangs, tout en se présentant comme un outsider populaire.
De son côté, Ivan Cepeda, défenseur des droits humains, mise sur la continuité des réformes sociales initiées par Petro. Malgré la déception parmi ses partisans, Cepeda espère attirer des voix du centre lors du second tour, car, selon Felipe Botero, directeur de sciences politiques à l'Université des Andes, "de la Espriella le met en difficulté".
Cette élection repose en grande partie sur l'héritage de Petro, un président controversé qui a marqué de son empreinte la vie sociale mais qui suscite l'inquiétude parmi la droite. Le résultat du premier tour a laissé un goût amer chez les sympathisants de Cepeda, maintenant conscient de la montée en puissance de la droite.







