Face à la flambée des prix du baril, la France continue d'exporter son surplus d'essence, alors même que la pénurie de diesel se fait ressentir sur le territoire national. Ce paradoxe soulève de nombreuses questions sur la stratégie de production des raffineries françaises, largement en matière d'essence. Alors qu'elles envoient environ 20 % de leur production à l'étranger, le pays doit recourir à des importations pour couvrir près de 50 % de sa consommation de diesel.
Pourquoi en est-on arrivé là ? Pour comprendre cette situation, il est impératif de se pencher sur l'origine de la configuration des raffineries. Historiquement, celles-ci ont été conçues dans les années 60-70 pour répondre à une demande principalement axée sur l'essence, un carburant largement utilisé à l'époque comme l'indique Raphaël Boroumand, économiste à Paris School of Business. Dans le même temps, la France a pris un tournant vers l'électrification de ses infrastructures énergétiques, remettant en question l'utilisation du chauffage au fioul. Au fil des décennies, la tendance s'est alors inversée, la nation se tournant vers un projet automobile axé sur le diesel.
La France se tourne vers le diesel, pas ses raffineries
À partir de 1974, la politique énergétique a favorisé l'électrification, réduisant la dépendance au fioul. Ce scénario a incité la France à opter pour le diesel, considéré comme plus économique et moins polluant, au point que la part des véhicules diesel dans le parc automobile est passée de 4 % en 1980 à presque 50 % aujourd'hui. Comme l'explique Marine Champon, experte en gestion de crise, la transformation de l'industrie automobile a également été soutenue par des incitations fiscales qui ont rendu le diesel moins cher que l'essence.
Le gasoil, moins cher à acheter qu’à produire
Aujourd'hui, bien que la production d'essence soit en forte augmentation, la nécessité d'une reconfiguration des raffineries pour augmenter la part de diesel reste complexe. « Les raffineries n'ont pas la flexibilité d'alterner rapidement entre différentes productions », précise Sophie Méritet, spécialiste de l'énergie. Sur le plan économique, maintenir la production actuelle est également justifié puisque l'essence commandée à l'international se vend à un prix plus élevé que le diesel.
« L’essence se vend plus cher que le gazole sur les marchés internationaux, rendant l'exportation de l'excédent d'essence économiquement rationnelle », souligne Raphaël Boroumand.
Avec ce tableau en tête, la question demeure : pourquoi ne pas revitaliser les raffineries pour répondre aux besoins croissants de diesel ? Réorienter complètement la production nécessiterait des investissements colossaux, en temps et en argent. Marine Champon indique que les raffineries pourraient ajuster leur production de diesel à peine de 10 %, un changement largement insuffisant face à la demande nationale.
Vers un futur moins dépendant du pétrole
Dans un contexte de transition énergétique, la France vise une réduction progressive de son parc automobile thermiques au profit des solutions électriques. L'électrification des transports est déjà en cours avec une augmentation de la part de véhicules hybrides et électriques dans le parc. Ainsi, bien que la renonciation à investir massivement dans les raffineries semble incompréhensible aujourd'hui, ce choix s'inscrit dans une logique de durabilité à long terme. C'est la transformation de la structure automobile et énergétique française qui en est à la base, réduisant peu à peu la dépendance aux carburants fossiles.







