La hausse des prix du gazole met à mal les chalutiers normands, qui craignent de ne pas pouvoir approvisionner les marchés pour les fêtes de Pâques. Malgré une aide gouvernementale jugée insuffisante, la profession réfléchit à l'opportunité de partir en mer. « Chaque sortie est un calcul complexe », confie Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches en Normandie. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, aggravent cette crise, incitant de nombreux pêcheurs à s'interroger sur la rentabilité de leur activité.
Certains chalutiers de Boulogne-sur-Mer ont déjà décidé de rester à quai, même si, pour l’instant, la situation reste plus stable en Normandie. « C'est une décision personnelle », ajoute Rogoff, précisant que peu de petits bateaux sont encore à l'arrêt.
Des frais qui explosent
Le coût du gazole enregistre une hausse vertigineuse ; son prix a presque doublé, passant de 0,60 euro à 1,12 euro le litre à Port-en-Bessin. Ce gaspillage des ressources financières s’accompagne de craintes exacerbées. « Je ressens une augmentation constante », déplore Jean-Marc Daubert, armateur du chalutier Espérance. L'aide de 20 centimes de l'État s'avère insuffisante face à des frais croissants qui pourraient décourager les pêcheurs.
Actuellement, les chalutiers doivent naviguer plus loin pour leur quête de poisson. « Nous passons jusqu’à 12 heures pour atteindre notre zone de pêche, avec une consommation estimée entre 60 à 80 litres par heure », précise Daubert, en constatant une envolée de son budget carburant, qui s'élève désormais à près de 10 000 euros par semaine.
« C'est le moment de soutenir la pêche française ! »
Pour Jérôme Vicquelin, également pêcheur, les 20 centimes d’aide ne représentent qu’un début. « La rentabilité est menacée tant que le prix du gazole dépasse 1 euro le litre, et si la tendance se maintient, nous risquons d'assister à une pénurie de poisson », avertit-il. D'autre part, la mise en maintenance de plusieurs chalutiers dans les semaines à venir ne fera qu'aggraver la situation.
Cependant, une lueur d'espoir demeure. « Les prix du poisson sont actuellement favorables et permettent d'assurer des marges bénéficiaires », confie Daubert. Néanmoins, il ajoute qu'une baisse des prix mettrait rapidement cette rentabilité en péril. Au regard de cette crise, Rogoff appelle les consommateurs à soutenir la pêche française. « Acheter du poisson maintenant est essentiel pour éviter une pénurie à Pâques », conclut-il, alors que le secteur fait face à des temps incertains.







