Un rapport très attendu sur les polluants éternels (PFAS) dévoilé ce jeudi recommande à l'Union européenne d'appliquer une "restriction massive" de ces substances chimiques, sauf dans des cas spécifiques. Ce rapport met en lumière des risques croissants pour la santé des citoyens, alertant sur la nécessité d'agir rapidement.
Les PFAS, connus pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur, sont présents dans une multitude de produits de consommation courante, allant des cosmétiques aux vêtements imperméables. Leur longévité dans l'environnement leur a valu le surnom de "polluants éternels".
La Commission européenne envisage d’interdire ces substances dans certains produits, comme les emballages alimentaires et les vêtements, tout en prévoyant des dérogations pour les secteurs jugés essentiels, notamment la santé. Toutefois, elle doit d’abord recevoir deux évaluations de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), dont l'une a été publiée cette semaine, accompagnée d'une étude d'impact socio-économique attendue fin 2023.
D'après ce premier avis, les experts de l'ECHA estiment que les PFAS sont "nocifs" et représentent un risque grandissant non seulement pour la population, mais aussi pour l'environnement. Ces substances persistent dans la nature, se déplacent sur de longues distances et contaminent les sols et les eaux souterraines. Certaines d'entre elles sont associées à des problèmes de santé graves, comme des cancers et des troubles de la reproduction, comme le souligne l'agence basée à Helsinki.
Pour "dominer ces risques", les experts insistent sur la nécessité de nouvelles mesures réglementaires à l’échelle de l’UE. Ils suggèrent une "restriction large" des PFAS, avec des exceptions bien contrôlées lorsque rien d'autre n'est disponible.
Cependant, la question demeure : jusqu’où aller dans cette interdiction ? Ce dilemme alimente une tension entre les industriels et les ONG environnementales. À l'intérieur même de l'ECHA, deux camps existent : d'un côté, les scientifiques plaident pour une interdiction totale des PFAS, la manière la plus efficace d’atténuer leur impact. De l'autre, certains experts soulignent qu'en l'absence de solutions alternatives, une interdiction générale pourrait ne pas être proportionnée.
Afin de trouver un compromis, les scientifiques recommandent un étiquetage claire des produits contenant des PFAS et un plan de gestion spécifique pour chaque site industriel concerné.
D'ores et déjà, l'UE a pris des mesures ciblées. Par exemple, des limites de concentration pour 20 types de PFAS dans l’eau potable sont imposées depuis janvier. Les nouvelles réglementations concernant les emballages alimentaires et les jouets viseront également à empêcher la présence de ces substances, avec une interdiction prévue pour 2030.
En France, la législation a déjà été mise en place pour interdire certains PFAS dans des produits courants depuis janvier. Toutefois, plusieurs ONG critiquent l'UE pour ne pas avoir agi plus rapidement, arguant que le lobbying industriel a freiné l’avancée des lois.
La commissaire européenne Jessika Roswall a reconnu que les discussions autour des produits non destinés directement aux consommateurs posent des défis difficiles. Elle a salué l'avis des experts et a réaffirmé l'engagement de l'UE dans la transition pour abandonner les polluants éternels, tout en insistant sur la nécessité d'une réglementation claire pour protéger à la fois les consommateurs et les entreprises.
Un rapport, publié fin janvier, calcule que les PFAS pourraient coûter à l'Europe entre 330 et 1.700 milliards d'euros d'ici 2050, en tenant compte des investissements nécessaires pour dépolluer les sols et l’eau et pour protéger la santé des Européens.







