L'industrie technologique new-yorkaise, avec plus de 200.000 emplois, transforme l'économie locale tout en exacerbant certaines inégalités sociales.
Ian Amit, à la tête de Gomboc.ai, se remémore son arrivée à New York il y a 25 ans, où les start-up technologiques étaient encore rares. Aujourd'hui, Tech:NYC en dénombre plus de 2000, marquant une expansion fulgurante.
Julie Samuels, présidente de Tech:NYC, souligne que "tous les indicateurs" prouvent l'influence croissante du secteur tech. Les grands noms comme Salesforce ont choisi des emplacements stratégiques, même si l'épicentre technologique de la ville ne se limite pas à Times Square.
Le quartier, jadis qualifié de "Silicon Alley", s'est élargi bien au-delà de Broadway, englobant des zones en pleine effervescence comme Midtown South, Chelsea et SoHo. Google, par exemple, occupe plusieurs bâtiments historiques, préférant le charme ancien à la modernité des tours en verre.
Le projet de second siège d'Amazon, abandonné en 2019, avait suscité des inquiétudes quant au futur du secteur, et le télétravail post-Covid aurait pu freiner cette dynamique. Cependant, la tech a montré une résilience remarquable: en 2022, plus de 700.000 m² de bureaux ont été loués dans Midtown South, un record selon Peter Johnson d'Avison Young.
Les entreprises s'établissent même plus au sud, à Manhattan ou à Brooklyn, attirées par l'attractivité des quartiers moins dense. Les start-up choisissent des emplacements qui favorisent l'accès à leurs clientèles, notamment dans les secteurs de la finance, de la santé et de l'éducation.
"À New York, vous êtes toujours proche de vos clients", précise Ian Amit, en contraste avec la Silicon Valley. De plus, une communauté de capital-investissement s'est épanouie à New York, apportant de nouvelles opportunités de financements aux entreprises locales.
Pour attirer les talents jeunes et dynamiques, New York offre un cadre de vie séduisant, avec des restaurants, des spectacles et une vie culturelle vibrante. Ce cadre flexible ainsi qu'un salaire moyen élevé attirent des professionnels, créant ainsi une dynamique immuable sur le marché immobilier.
Jay Batra de Batra Real Estate révèle que les entreprises tech génèrent une part substantielle de ventes dans l'immobilier haut de gamme, alimentant une augmentation des loyers, qui ont crû de 40% en dix ans à Manhattan, atteignant un loyer médian de 4.574 dollars mensuels.
L'explosion des loyers a alimenté les débats lors de la dernière élection municipale, poussant le nouveau maire, Zoran Mamdani, à promettre des solutions. Julie Samuels insiste sur la nécessité de permettre aux résidents de longue date de rester tout comme d'accueillir ceux qui viennent pour lancer leur carrière.
Ian Amit tempère ce sentiment. Bien que la tech joue un rôle dans l'inégalité croissante, il souligne que cela ne peut pas faire oublier l'influence historique de la finance dans les disparités salariales. "New York attire des salaires élevés", explique-t-il, laissant entendre que la tech n'est qu'une pièce du puzzle complexe de l'économie new-yorkaise.
"En plus de 20 ans, je n'ai jamais senti que l'industrie de la tech était ostracisée", conclut-il, rappelant que la ville demeure un lieu d'innovation et d'opportunités, malgré les défis à relever.







