Sur le littoral en pente face à la mer Égée, un chantier monumental défigure la roche volcanique de Milos. Le maire, Manolis Mikelis, décrit cette situation comme "un crime écologique". Il est alarmé par l'extension d'un hôtel de luxe qui pourrait altérer l'identité unique de l'île.
"La singularité géologique de Milos est mondialement reconnue. Preservons notre identité", plaide-t-il avec vigueur.
Les Cyclades, avec leurs charmantes maisons blanchies à la chaux et leurs églises à coupoles bleues, sont touchées par une frénésie immobilière alimentée par le tourisme en plein essor.
Cependant, l'inquiétude monte face à une croissance désordonnée qui menace ces paysages à couper le souffle et le patrimoine culturel millénaire des îles.
En décembre, plusieurs maires des Cyclades et du Dodécanèse, incluant les célèbres îles de Rhodes et de Kos, ont tiré la sonnette d'alarme. Ils affirment que "l'existence même de nos îles est en danger" dans une résolution soutenue par Nikos Zorzos, le maire de Santorin.
Comme l'indique cet élu, le tourisme est devenu "un terreau pour des résidences luxueuses destinées à la vente ou à la location", attirant chaque année 3,5 millions de visiteurs sur Santorin, pour une population de seulement 15 500 habitants.
Les maires affirment que "Santorin, Ios, Milos, Sikinos et Folegandros ne doivent pas devenir des chantiers pharaoniques". Leur cri de désespoir face à ce qu'ils qualifient de pillage est clair.
À Milos, le chantier d'extension est rempli de pelleteuses et de grues, lesquelles restent à l'arrêt alors que le printemps s'installe. L'établissement haut de gamme, qui prévoit d'ajouter 59 chambres, promet de doubler sa capacité.
Cependant, la cour administrative suprême a temporairement suspendu les travaux en réponse aux nombreuses plaintes.
D'un autre côté, V Tourism AE, la société responsable de l'hôtel, soutient que l'extension a été validée en 2024 avec l'aval des autorités compétentes. Pourtant, le maire Mikelis dénonce des "lacunes" dans la législation sur la construction.
Milos, comme Santorin, abrite des paysages volcaniques uniques, y compris Sarakiniko. Cette "plage lunaire", très prisée, est tant fréquentée qu'elle perd de son charme en haute saison.
L'an passé, les autorités ont dû arrêter la construction d'un autre hôtel sur ce site magnifique et non protégé. Le ministère de l'Environnement a donné un mois à l'investisseur pour corriger les excavations non autorisées.
selon Ioannis Spilanis, professeur émérite à l'Université de l'Égée, ces changements dans les Cyclades sont symptomatiques d'un "immobilier vorace et prédateur" plutôt que d'un véritable développement touristique.
Historically, these lands were primarily for livestock, but land that was once deemed worthless has now turned into lucrative investments, attracting both local and foreign buyers with enticing prices.
Un investisseur, un Grec ayant prospéré à Wall Street, possède actuellement 30 % de l'île d'Ios, selon les maires.
Le tourisme, secteur clé de l'économie grecque, représente entre 28 % et 33,7 % du PIB, selon l'Union des entreprises touristiques grecques (SETE). Le secteur a été en pleine expansion depuis la pandémie de Covid-19, avec plus de 40 millions de visiteurs attendus en 2024.
À Milos, qui compte plus de 5 000 habitants, 48 projets hôteliers sont actuellement en cours. Les projets les plus ambitieux bénéficient d'une classification en tant qu'"investissements stratégiques", facilitant ainsi leur mise en œuvre.
Malgré cela, la surveillance des petits chantiers est souvent insuffisante, déplore M. Spilanis. On trouve des permis de construire en abondance, mais rarement la conformité au cadre légal.
Sur les hauteurs de Milos, Yiorgos, témoin des changements, avertit : "Regardez Santorin et Mykonos : leur évolution doit être un avertissement pour nous tous".
En janvier-octobre 2025, Milos a délivré 157 nouveaux permis de construction pour une superficie de seulement 151 km², et des chiffres similaires sont enregistrés à Paros et Santorin.
De nouvelles constructions modernistes apparaissent, éloignées de l'architecture traditionnelle des Cyclades, le tout au gré d'une économie touristique semblant plus avide que jamais.
Pourtant, de nombreux insulaires profitent de cette croissance, admirant le tourisme comme une "poule aux œufs d'or" dans une région où les opportunités d'emploi sont rares, surtout en hiver.
Dans le café du port d'Adamas, certains discutent à voix basse, témoignant d'une frustration croissante. "Ce qui était autrefois un bijou est devenu une simple affaire d'argent !", déplore une résidente, à moitié expatriée en Allemagne, tout en craignant la réaction de ses concitoyens.
Un rapport de 2024 du médiateur de la République soulignait déjà la dégradation des conditions de vie, avec une pénurie de logements pour les résidents chassés par la flambée des locations à court terme.
Le manque d'infrastructures essentielles, telles que la gestion des déchets et l'approvisionnement en eau, pose également un défi majeur.
Les Cyclades doivent-elles redéfinir leur avenir ? Santorin et Mykonos, essentielles pour le tourisme grec, ont connu une saison estivale 2025 en demi-teinte, avec une baisse significative des arrivées aériennes.
La première a vu ses arrivées chuter de 12,8 % tandis que la seconde a enregistré une modeste augmentation de 2,4 %. Les commerçants de Santorin se plaignent également de la baisse de leur chiffre d'affaires, affecté par des séismes récents sur l'île.







