Cuba se trouve à un carrefour critique alors que l'économie de l'île continue de chuter face à une conjoncture incertaine, sur fond de crise vénézuélienne. Après la chute du président Nicolás Maduro, les Cubains craignent que cette situation ne fasse qu'aggraver leurs difficultés économiques déjà bien présentes.
En effet, la dépendance de Cuba au pétrole vénézuélien était intense, 50 % de son approvisionnement en carburant provenant de Caracas. Axel Alfonso, un chauffeur de taxi, explique : "La situation économique va devenir un peu compliquée. 2026 sera très dur", ajoutant que l'embargo américain, en place depuis 1962, pèse lourdement sur les épaules de la population, déjà éprouvée par des pénuries croissantes.
La crise actuelle résulte d'une combinaison de facteurs : les sanctions américaines, une gestion économique inefficace, et la baisse du tourisme à la suite de la pandémie de Covid-19. Selon les économistes de l'Université de La Havane, le produit intérieur brut (PIB) de l'île a chuté de 11 % au cours des cinq dernières années. Madelin Terris, une réceptionniste dans un ministère, partage ses inquiétudes sur l'avenir économique de Cuba : "Cela risque d'empirer, on ressent déjà les effets des pénuries".
En parallèle, l'ancien président américain Donald Trump a récemment affirmé que le régime cubain, ayant résisté à la pression de dizaines de gouvernements américains, était "prêt à tomber". Les commentateurs notent que ces paroles pourraient inciter à un durcissement des sanctions, venant des États-Unis, sur l'île.
Pour les Cubains, la mémoire de l'effondrement du bloc soviétique dans les années 90 reste vive. À ce moment-là, l'île avait réussi à relever la tête en se tournant vers le tourisme international, une stratégie qui, sur le long terme, a permis une certaine reprise économique. Mais aujourd'hui, avec la chute des ressources vénézuéliennes, l'avenir semble incertain. "Nous vivons une période d'incertitude", évoque Daira Pérez, avocate de 30 ans. Pour elle, la situation est d'autant plus préoccupante que Cuba n'a pas d'autre allié qui pourrait lui fournir le pétrole dont elle a désespérément besoin.
Il ne fait aucun doute qu'une possible interruption de l'approvisionnement en pétrole pourrait provoquer des coupures d'électricité, déjà fréquentes, aggravant ainsi le mécontentement populaire. Les manifestations de juillet 2021, où des milliers de Cubains sont descendus dans la rue avec des slogans comme "On a faim", témoignent d'un ras-le-bol généralisé des conditions de vie sur l'île.
La question demeure : Cuba peut-elle trouver une solution à sa crise énergétique et économique actuelle ? Les experts, tels que Jorge Piñón de l'Université du Texas, restent pessimistes quant à la continuité de l'approvisionnement de pétrole du Venezuela. Pour l'heure, les Cubains, bien qu'inquiets, persistent à vaquer à leurs occupations quotidiennes, gardant l'esprit combatif qui les a toujours caractérisés.







