Dans la charmante ville de Bergerac en Dordogne, un concept révolutionnaire émerge sur le marché : la possibilité de choisir un prix en fonction de son budget. Ce jeudi 8 janvier, au Tiers-Lieu La Traverse, les produits locaux comme des légumes, du pain et des fromages s’étalent sur les tables, tandis que les clients, armés de leur panier, s'engagent dans un acte d'achat solidaire.
Inspiré par des initiatives comme la sécurité sociale de l’alimentation, ce marché a été lancé en mars 2024 et offre trois types de tarifs, matérialisés par des billes de couleur. La bille bleue garantit un prix juste pour le producteur, la jaune propose un prix solidaire inférieur de 10 à 20 % au prix de base, et la bille verte encourage un tarif un peu plus élevé, équivalant à 10-20 % de plus, destiné à soutenir la caisse mutuelle.
Claire, l'une des clientes, opte pour la bille verte, contribuant ainsi à la durabilité du modèle. Elle explique : « Quand je peux, je mets plus, et quand j'ai des économies à faire, je mets moins. C’est une manière de soutenir le maraîchage local. » Corinne, également participante, remarque que même avec le prix le plus élevé, les produits sont bien plus abordables que ceux des grandes surfaces. Ce sentiment d’encouragement à consommer des produits sains et locaux est partagé par de nombreuses personnes.
Une initiative solidaire qui mise sur l'honnêteté
Camille, la boulangère, souligne que le système fonctionne uniquement si les apports des clients équilibrent les compensations entre les producteurs. Par exemple, elle a récemment vendu son pain à 33 clients : douze ont opté pour un prix plus élevé, tandis que trois ont choisi le tarif inférieur. Elle reverse chaque mois une part des recettes à la caisse mutuelle, « permettant à tous les producteurs de bénéficier d’un revenu stable », explique-t-elle.
Pour Michaël Lafrance, maraîcher et instigateur de cette initiative, « il s'agit d'un moyen de solidarité, soutenu par la communauté. Pourtant, il est crucial de générer suffisamment de contributions pour maintenir ce modèle viable ». Cependant, un défi persiste : les achats à prix réduits dépassent ceux à tarif solidaire, ce qui pourrait compromettre l'équilibre financier de l'initiative, observe Martine Lacour, active au Tiers-Lieu.
Pour certains, le choix de la bille peut sembler source de gêne. Nelly, qui opte pour un tarif réduit, confie : « J'hésite parfois à faire ce choix, craignant le regard des autres. » D'autres, comme Murielle et Philippe, apprécient la flexibilité d'un système qui leur permet d'ajuster leur contribution en fonction de leurs finances du mois. « Changer de tarif d'une semaine à l'autre selon ses moyens, c'est libérateur », déclare Philippe.
Ce modèle de marché, en promouvant l’honnêteté et la solidarité, pourrait devenir un exemple à suivre dans d'autres régions, selon plusieurs experts en économie sociale. Au-delà de l’assistance, il prône une dynamique communautaire favorisant le lien social et l'accès à des produits de qualité, comme l'indiquent plusieurs articles de Le Monde et de France Info.
Grandes surfaces et produits industriels prennent ainsi un coup de vieux face à l’engouement croissant pour des circuits courts, où la vente se fait sous le signe de la communauté. À Bergerac, cette initiative pourrait bien marquer un tournant dans les habitudes de consommation.







