Devant les décombres où se tenait leur maison à Beyrouth, Ghida Krisht et Waël Sabbagh s'engagent à poursuivre justice pour les proches qu'ils ont perdus lors des frappes israéliennes.
Le 8 avril dernier, décrit désormais comme le "mercredi noir", a été tragique pour de nombreuses familles libanaises, avec plus de 350 victimes selon des sources officielles. Ghida a tragiquement perdu ses parents tandis que Waël a perdu sa mère et son frère.
L'immeuble de la Tour Chehab, symbole de leur existence paisible, a été anéanti par une frappe. "J'ai perdu ma mère, mon frère, ma maison, mon enfance", partage Waël Sabbagh, un homme d'affaires. Actuellement domicilié au Mexique, c’est sur les réseaux qu’il a appris la nouvelle tragique.
"Neuf âmes ont disparu dans cet immeuble. Mais ces vies ne devraient pas être réduites à de simples chiffres. Ce sont des êtres chers", poursuit-il, le regard plongé dans le vide, accablé par la douleur.
Avec l'aide de Ghida, il est en train de rassembler des preuves pour porter cette affaire devant les instances judiciaires internationales. "Nous exigeons des comptes, même si le chemin s'annonce long", affirme-t-elle.
- "Aucune activité politique" -
Au milieu des décombres, Waël s'acharne à retrouver des souvenirs, un morceau de tissu, un bracelet perdu. "Ce coussin rouge est tout ce qui reste du salon", explique-t-il, tenant fermement le bracelet de son frère Hassan.
De son côté, Ghida a également été touchée par la tragédie, ayant perdu sa mère, la poétesse Khatoun Salma, et d'autres proches. Elle se rappelle encore le moment où elle a essayé de les appeler, sans succès, et l'espoir qui s'est rapidement évanoui.
"Nous souhaitons compiler des témoignages et des preuves afin de constituer un dossier solide pour la justice internationale. Nous espérons devenir un exemple pour d’autres familles de victimes", déclare-t-elle avec détermination.
À ce jour, seul un artiste franco-libanais, Ali Cherri, dont les parents ont également été tués lors d'une frappe, a décidé d'agir en se tournant vers la justice française.
Depuis le début du conflit le 2 mars, les frappes israéliennes ont causé plus de 3 000 victimes, soulignant l'ampleur de la tragédie humaine. Après la frappe, les autorités israéliennes ont affirmé avoir ciblé un "commandant du Hezbollah", sans fournir de détails supplémentaires.
"Il n'y avait pas d'armement, ni d'activités politiques dans le bâtiment. Cet immeuble abritait des civils innocents", réitère Waël Sabbagh.
Les décès dans l’immeuble touchent des familles qui ne sont pas liées à des activités armées selon les témoignages des voisins. Au troisième étage, par exemple, une famille de deux personnes ainsi qu'une employée de maison ont été trouvées sans lien avec le Hezbollah.
Une partie de cet édifice de neuf étages est toujours debout, laissant la possibilité aux survivants de traverser les décombres. Grâce à des dispositifs de grue, Waël a pu récupérer des souvenirs lors de ses visites.
Ghida, elle, a trouvé un poème de sa mère dans un portefeuille intact. "Ce poème, c'était le dernier qu'elle avait écrit avant de mourir. Il est très fort et évoque tant de choses", confie-t-elle en larmes, se remémorant la voix de sa mère échappée dans ses vers.
"As-tu vu la fumée? As-tu senti l'incendie? À quel point ma faiblesse a-t-elle été vue? Quels lambeaux as-tu ramassés?"







