Derrière les personnalités admirées des entrepreneurs infatigables, un phénomène inquiétant se profile : l'usage de substances psychoactives, la détérioration de la santé mentale et les comportements à risque. Face à la pression de la performance, nombreux sont ceux qui parfois paient un lourd tribut.
L'ouvrage Se doper pour travailler analyse les effets pervers des comportements addictifs, particulièrement chez les travailleurs. Appliqué au monde des entrepreneurs, le terme "dopage" critique le discours ambiant et révèle une réalité troublante où, pour maintenir un certain niveau de performance, certains se laissent aller à des pratiques dangereuses.
Avec le soutien d'Iris Ramos, experte en psychologie et santé au travail, une étude a été menée auprès de 160 dirigeants affiliés au Medef Centre-Val de Loire. Ce panel, avec une majorité d'hommes de 51,5 ans en moyenne, a livré des résultats préoccupants sur leur état de santé psychologique.
Un quotidien stressant pour 96 % des participants
Les résultats montrent une dégradation alarmante de la santé mentale parmi les dirigeants. Un tiers des entrepreneurs se disent en mauvaise forme psychologique, tandis que près de 96 % d'entre eux affirment que leurs journées de travail sont stressantes. Près de la moitié des participants se plaignent d'une insatisfaction totale de leur sommeil, et 31 % n'exercent aucune activité physique régulière.
Dans ce contexte difficile, les addictions apparaissent. Certaines pratiques, souvent perçues comme normales, peuvent pourtant se révéler destructrices dans le milieu entrepreneurial.
Un lien préoccupant avec le travail
Environ 72 % des personnes interrogées confessent penser à leur travail même pendant leurs temps libres. Le véritable problème ne réside pas seulement dans les heures de travail, mais dans l'incapacité de se détacher psychologiquement. L'engagement dans leur activité professionnelle se mélange, voire déborde sur leur vie personnelle.
Les addictions comportementales
Environ 17 % des répondants parlent de dépendances comportementales, comme l'hyperconnectivité à travers des écrans ou le jeu. Certains témoignent d'autres addictions, notamment vis-à-vis de l'alimentation, mentionnant une consommation excessive de sucre.
Addictions aux substances psychoactives
Les dirigeants révèlent aussi des comportements d'usage de stimulants : près de 48 % d'entre eux estiment que le tabac les aide à gérer leur stress, et 34 % consomment régulièrement de l'alcool. Des chiffres qui rejoignent les conclusions du dernier baromètre de la Fondation MMA des entrepreneurs du futur, signalant un inquiétant état de santé mentale chez les dirigeants.
Gains rapides, pertes à long terme
Ce sujet va au-delà d'une simple anecdote ; comme le démontre l'ouvrage Se doper pour travailler, les compensations révèlent souvent des problématiques plus profondes du monde du travail.
Les conditions de l'entrepreneuriat, marquées par l'incertitude et la pression constante, créent un environnement où le "dopage" apparaît comme une solution. Ces défis font de l'entrepreneur une personne particulièrement vulnérable, ses signaux de souffrance souvent occultés et minimisés.
Cette étude met en lumière les enjeux de santé mentale dans le milieu entrepreneurial qui, sans une prise en charge adéquate, pourrait devenir insoutenable pour beaucoup. Les addictions, loin d'être des ennemies, deviennent insidieusement des alliées pour faire face aux exigences irrésistibles du quotidien, promettant des bénéfices à court terme au risque de conséquences bien plus graves à long terme.
Face à ce constat, une réflexion s'impose : les entrepreneurs, souvent perçus comme des super-héros modernes, méritent un soutien adapté pour prévenir ces dérives. Les politiques publiques doivent reconnaître leur vulnérabilité et proposer des dispositifs de protection ciblés en matière de santé publique.
Cet article a été co-rédigé avec Iris Ramos, psychologue au travail, chargée de cours à l'Université de Tours, rattachée à l’équipe de recherche Qualipsy.







