À l’heure où la France annonce la construction d’un futur porte-avions, une question cruciale émerge : le modèle traditionnel de grands programmes militaires est-il encore pertinent dans le cadre de conflits modernes souvent asymétriques ? En acceptant de produire pour l’État des drones peu coûteux et rapidement déployables, Renault offre une flexibilité industrielle à l’arsenal militaire français.
Le porte-avions PANG (porte-avions de nouvelle génération), surnommé France Libre, sera un projet ambitieux d’environ 10 milliards d’euros. Prévu pour entrer en service d’ici 2038, ce navire de 310 mètres et 80 000 tonnes est conçu pour assurer à la France « une autonomie d’action totale et sans contrainte », comme l’a souligné Emmanuel Macron. Ce projet représente non seulement une avancée technologique, mais également une affirmation de la souveraineté française sur les océans, illustrée par l’expression « tonnes de diplomatie » utilisée par les marins pour décrire la portée de ce porte-avions.
Les porte-avions, en dépit de leur complexité et de leur coût, ne sont pas les seules pierres angulaires de la base industrielle et technologique de défense (BITD) en France. Le pays a renforcé sa position en tant que deuxième exportateur mondial d’armements après les États-Unis, grâce à des produits phares comme le Rafale et le canon Caesar. Dassault Aviation a déjà vendu 323 exemplaires du Rafale, tandis que le canon Caesar a trouvé preneur avec 800 unités écoulées par KNDS France.
Les défis des grands programmes face aux conflits contemporains
Un porte-avion, bien qu’impressionnant, présente des inconvénients significatifs : il est onéreux et son entretien complexe allonge les délais de mise en service. Compte tenu des évolutions rapides des théâtres de guerre modernes, comme celles observées lors des conflits en Ukraine et en Iran, il devient évident que le champ de bataille évolue plus vite que les cycles de construction navale, souvent de 20 à 30 ans. Les Echos souligne que ce n’est pas toujours le pays avec les armements les plus sophistiqués qui triomphe sur le terrain.
L’agilité, tant opérationnelle qu’économique, s’avère être la clé du succès militaire. Dans ce contexte, les drones émergent comme des acteurs majeurs, à l’instar du drone Shahed, dont l’utilisation en Ukraine et au Moyen-Orient a démontré son efficacité. Produits à moindre coût (moins de 30 000 dollars), ces drones posent cependant un dilemme économique : leurs adversaires, armées de missiles Patriot ou Aster 30 coûtant plusieurs millions d’euros, se trouvent dans une situation défavorable. Ce constat est partagé par Iain Boyd, du Center for National Security Initiatives, qui affirme que des conflits asymétriques épuisent rapidement les ressources des armées occidentales.
Pourtant, des solutions transitoires existent. La France a couplé des technologies avancées sur ses FREMM déployées en mer Rouge, combinant des viseurs optroniques avec des canons de 76mm. Toutefois, comme le rappelle l’émergence des armées saoudiennes et ukrainiennes, il devient impératif de se tourner vers des approches systématiques et la production massive de drones pour relever ces nouveaux défis.
Drone Chorus : combiner le meilleur des deux mondes
Avec l’arrivée du PANG, la France reste consciente des évolutions technologiques contemporaines. La DGA a récemment demandé à Renault et Turgis Gaillard de collaborer pour produire des drones à bas coût. Cette collaboration permet à Renault d’exploiter son expérience dans la fabrication de masse, visant à produire jusqu’à 600 drones par mois, tandis que Turgis Gaillard se concentre sur l’aspect militaire.
En confiant une partie de la production à un constructeur automobile, la DGA contourne les lenteurs habituelles de la BITD. Cela permet à Renault de se positionner comme un prestataire d’industrialisation, contrairement à un acteur classique de l’industrie de défense. Selon Thierry Berthier, expert en robotique militaire, cette démarche représente « le meilleur des deux mondes », alliant efficacité opérationnelle et agilité civile.
Un avenir stratégique avec des drones
Il est évident que la force de la synergie entre ces nouveaux dispositifs réside dans leur flexibilité. Bien qu’ils ne rivalisent pas en prestige avec un porte-avions, les drones produits en masse pourraient devenir des éléments cruciaux sur le champ de bataille. Si leur coût raisonnable et leur production rapide réussissent à s’établir, ces drones pourraient bien être les véritables game changers de l’avenir militaire français.







