Le manque de solidarité face à la condamnation choquante et oppressive de l’écrivain par la justice algérienne est frappant. En s’attaquant à la France et en utilisant des alliés complaisants dans l’hexagone, le régime dictatorial algérien cherche à imposer l'oubli sur ses années de violence, intimidant ainsi toute voix critique.
Il est incroyable de constater le contraste entre le tumulte médiatique suscité par des querelles internes sans grande importance, et le silence assourdissant autour de ce véritable attentat contre la liberté d'expression que représente l'attaque contre Kamel Daoud.
Justice ou répression ?
Le système judiciaire algérien, désormais aux ordres de la politique, a infligé à Kamel Daoud une peine de trois ans de prison et une amende de cinq millions de dinars pour la publication de son livre, Houris, qui a été couronné du prestigieux prix Goncourt. Ce livre, bien que célébré, dérange les autorités qui ont établi une loi sévère, qualifiée de « charte pour la paix et la réconciliation ». En réalité, cette législation vise à empêcher toute enquête sur les événements tragiques de la décennie noire, privant ainsi le peuple algérien de la vérité sur son passé.
Cette condamnation démontre les craintes infinies du régime faced à un récit qui, à travers les mots de Daoud, expose la réalité d’un passé douloureux. L'écrivain a su traiter ces sujets délicats, ce qui a conduit à cette réaction disproportionnée.
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Qui se mobilise pour Kamel Daoud dans ce contexte ? Où sont les voix des intellectuels et des écrivains qui devraient dénoncer cette agression contre l'art et la pensée ? Existe-t-il même une pétition pour soutenir cet auteur, dont l'œuvre est maintenue dans l'ombre par le système algérien ? Le silence est gênant et rappelle que la pensée critique semble de moins en moins bienvenue.
Selon plusieurs experts, la censure en Algérie est devenue une norme inquiétante. Le Monde fait état des nombreuses voix étouffées par des mesures répressives conçues pour maintenir un contrôle strict sur le discours public. Ce silence coupable en dit long sur l'état de notre propre sensibilité face à la liberté d'expression et soulève la question fondamentale : qu'est-ce que cela signifie réellement d'être libre ?
Le proverbe chinois dit que le poisson pourrit par la tête. Dans nos sociétés, ce pourrait être l'intellect qui s'assombrit, lorsque ceux qui sont censés porter la voix de la raison deviennent muets, et que la liberté finit par s'éteindre sans un cri de désespoir.
L'obscurantisme s'intensifie lorsque le débat intellectuel est réduit au silence, et que la voix des dissidents est étouffée.







