À Domloup, près de Rennes, les membres du Collectif des agriculteurs philanthropes se dévouent à la culture de légumes bio qui seront offerts à des associations caritatives, tout en aspirant à la régularisation de leur statut.
Des oignons, de l’ail, des pommes de terre, des petits pois, des carottes et des poireaux, chaque légume trouve sa place dans les rangées soignées d’une parcelle d'un hectare. « Les radis ont été dévorés par les limaces, mais ce n'est pas le problème. Nous allons en replanter à proximité des poireaux, leur odeur étant répulsive », explique Eddy Valère, ancien technicien agricole camerounais. Cela fait maintenant trois mois qu’il cultive cette parcelle avec d’autres migrants sans papiers, se retrouvant chaque semaine pour travailler la terre tout en nourrissant l'espoir d'une régularisation.
De la semence de riz venue directement du Cameroun expérimentée
« Quand on est sans papiers, on est exclu du monde du travail », souligne Eddy Valère. À 42 ans, il insiste sur le besoin de se rendre utile. L'intégralité de leur production, certifiée bio, est destinée aux Restos du Cœur et au Secours populaire. « L’an dernier, nous avons récolté 2,2 tonnes. Nous visons 6 tonnes cette année », se réjouit-il. Arrivé en France en 2023 après avoir été menacé dans son pays, Valère a élaboré le premier collectif d’agriculteurs migrants à Rennes en février 2025. Grâce à la générosité de propriétaires terriens, une parcelle leur a été allouée.
À Domloup et Châteaugiron, ce collectif continue son travail. Grégory, un agriculteur local, a mis à disposition un terrain ex- prairie. « J’ai un domaine de 65 hectares, un hectare de plus ou de moins n’est pas un souci », précise-t-il. Des habitants de la commune apportent également leur aide. Valère, toujours plein d’idées, prévoit d'introduire de la semence de riz du Cameroun pour expérimenter. « Jardiner permet d’échapper à ses pensées », constate-t-il.
Pour Uma Yaku, 51 ans et originaire des Andes, le jardinage est une échappatoire. Elle s'implique dès qu’elle le peut, malgré le coût de son trajet. « À la rue, le stress est omniprésent. Ici, je me sens en sécurité et tranquille tout en faisant de belles rencontres », partage-t-elle.
Une cagnotte en ligne pour les aider
Ce projet vise à démontrer que, malgré leur statut, les migrants ne sont pas seulement des poids pour l'État, selon Valère. Ils consacrent leur temps à des activités bénéfiques, même si cela passe souvent inaperçu. Le groupe s’agrandit continuellement avec l'intégration de demandeurs d'asile soutenus par Coallia. « Nous envisageons même d’inclure des mineurs isolés », ajoute-t-il. Malheureusement, la préfecture lui a refusé un titre de séjour.
Actuellement, le collectif fonctionne avec des moyens limités et des économies modestes. Ils ont récemment lancé une cagnotte sur tribee.fr, intitulée « Participez à la cagnotte Agriculteurs philanthropes », pour financer l'équipement nécessaire, comme des serres et des systèmes d'arrosage.







