A quatorze mois de l'élection présidentielle, les municipales des 15 et 22 mars 2024 vont constituer un test fondamental pour ceux qui envisagent une alliance entre Les Républicains (LR) et les partis d'extrême droite. Bien que ces rapprochements soient pour l'heure sporadiques, des indices d'évolution commencent à émerger à travers la France.
À Nice, le député européen LR, Christophe Gomart, a exprimé son soutien à Éric Ciotti, président de l'Union des droites pour la République (UDR), qui s'est associé avec le Rassemblement national (RN). À Colmar, le président de la fédération LR, Alain Kott, a publiquement appuyé la liste RN. A Bourg-en-Bresse, l'un des candidats de Reconquête ! bénéficie du soutien de plusieurs membres locaux LR. Et à Paris, Aurélie Assouline, adjointe au maire LR du 17e arrondissement, a intégré la campagne de la candidate Reconquête !, Sarah Knafo.
Les dirigeants de LR ont tenté de réagir en suspendant M. Kott, mais la brèche dans le rempart républicain pourrait se creuser durant l'entre-deux-tours. Des fusions de listes ou des retraits concertés pourraient être envisagés. Bruno Retailleau, président du parti LR, et Laurent Wauquiez, chef des députés LR, ont sciemment affaibli le barrage républicain en adoptant une stratégie du « Tout sauf LFI » (La France insoumise), un appel à voter pour l'extrême droite dans certaines circonstances. Cette évolution représente une rupture majeure avec la position « ni-ni » de Nicolas Sarkozy, qui prônait l'abstention face à un second tour entre la gauche et le RN.

Jordan Bardella, président du RN, incite également à voter pour la droite en cas de candidature mélenchoniste en position de gagner. Bien que cela reste un scénario rare pour les municipales, cela pourrait poser un précédent nuisible pour les élections nationales à venir.
Marginalisés par neuf années de présidence Macron et les récentes victoires électorales du RN, les leaders de droite ont levé de nombreux garde-fous idéologiques. Bruno Retailleau, qui s'est déclaré candidat à l'élection présidentielle, exprime des critiques acerbes contre un gouvernement qu'il qualifie de "gouvernement des juges", arguant que l'État de droit n'est "ni intangible ni sacré" et appelant à des référendums sur l'immigration.
À l'Assemblée nationale, Laurent Wauquiez a permis à ses députés de proposer une loi sur la légitime défense des policiers, ajoutant ainsi une nouvelle dimension à une campagne visant à attirer des votes d'extrême droite tout en préservant la façade républicaine. Cette stratégie est perçue comme un terrain fertile pour la montée en puissance des idées d'extrême droite, qui vise à marginaliser puis à éliminer les centristes.
Dans ce contexte, les formations de l'UDR et de Reconquête ! s'affichent comme un pont entre les deux sphères politiques, attirant certains élus LR vers des listes pro-Ciotti et zemmouristes. Ce phénomène, cependant, se fonde sur une confusion stategique où des personnalités comme Sarah Knafo, bien qu'étant associée à un groupe perçu comme d'extrême droite, tentent de se distancier de cette étiquette. Cette stratégie de communication, inspirée par des médias conservateurs, contribue à rendre la réalité politique encore plus complexe.
Malgré les efforts de rébranding, le doute demeure : un rapprochement sincère aurait-il lieu ou la droite historique serait-elle simplement absorbée par une extrême droite à visée expansionniste ? Cette question cruciale définira les contours de l'échiquier politique français dans les mois à venir.







