Depuis le 22 mai, des immigrés ont décidé de ne plus se nourrir ni de travailler pour dénoncer les conditions de détention inhumaines qu'ils subissent dans le New Jersey. Ce mouvement marque une étape cruciale dans la résistance à la politique migratoire des États-Unis, saluée par des chroniqueurs engagés.

Dans le centre de détention de Delaney Hall à Newark, géré par la société GEO Group, la qualité des repas est déplorable, avec des signalements de nourriture avariée et d'asticots. Ces personnes, non condamnées à purger une peine, sont contraintes de travailler pour moins de 1 dollar par jour.

Le lieu est surpeuplé et insalubre, avec un accès limité à un soin médical adéquat. Des rapports parlent de violences physiques, notamment des traitements par spray au poivre, alors que le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) rejette ces accusations. Cependant, GEO a reconnu dans un communiqué qu'une altercation physique avait eu lieu, confirmant un usage de produits chimiques.

Des parlementaires ont été empêchés d’accéder à ces installations, malgré les lois qui garantissent une telle évaluation, tout comme les inspecteurs de santé du New Jersey, qui ont également été limités par le DHS.

Les détenus, en grève de la faim, espèrent éveiller les consciences sur leurs conditions inhumaines. À l’extérieur, ils se heurtent non seulement à des agents de l'immigration, mais également à des groupes pro-ICE. Le sénateur du New Jersey, Andy Kim, se trouve parmi ceux qui soutiennent les détenus en grève.

Une stratégie du silence

Il est rare d'obtenir des témoignages des camps de détention de l'ICE, car ces derniers ont mis en place des mécanismes empêchant les détenus de communiquer librement avec leurs proches ou leurs avocats. Leurs appels sont souvent onéreux, et les transferts fréquents entravent la localisation des détenus.

Des familles ont même été temporairement interdites de visites, et une petite délégation parlementaire qui a finalement réussi à visiter a découvert des conditions chaotiques, marquées notamment par des soins de santé inappropriés et un profond mépris pour la dignité humaine, comme l’a décrit Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre des représentants.

Les parlementaires n’ont pas eu accès aux leaders de la grève, car le DHS qualifie les récits des détenus de « désinformation ». Néanmoins, les efforts pour restreindre l'accès à ces lieux laissent supposer que l'ICE a de nombreux secrets à cacher.

Des témoignages audacieux

Malgré les obstacles, certains prisonniers parviennent à faire entendre leurs voix. À San Diego, des détenus ont écrit des messages sur des papiers qu'ils ont attachés à des bouteilles de lotion hydratante qui ont été jetées par-dessus les clôtures, tandis que d'autres se sont allongés en extérieur pour former des messages SOS, espérant attirer l'attention des drones survolant l’établissement.

À Delaney Hall, des détenus en grève de la faim ont réussi à transmettre leurs revendications et leurs témoignages à des journalistes, regroupant près de 300 signatures en soutien à leur cause.

Les manifestations qui se déroulent en face Delaney Hall rappellent les récentes mobilisations de Minneapolis, où des citoyens se sont unis contre les opérations de l’ICE dans leur ville. Cependant, ce qui distingue le mouvement actuel, c’est l’initiative prise par les immigrés eux-mêmes, qui commencent à défendre leur cause de manière proactive.

Un changement de dynamique

Les détenus qui refusent de manger et de travailler à Delaney Hall ne cherchent plus simplement à échapper à l'ICE ; ils prennent le contrôle de leur destinée. Leurs actions font partie d'une résistance plus large qui se dessine au sein des prisons américaines, révélant une solidarité grandissante parmi les plus vulnérables. Cette radicalisation constitue un tournant significatif dans la lutte contre l’oppression exercée par le gouvernement fédéral.

Le succès de ce mouvement dépendra également de l’attention portée par l'extérieur. Les procédures violentes sont déjà signalées à Delaney Hall, où les autorités pourraient envisager des mesures telles que l'alimentation forcée, une pratique largement critiquée.

Pour l'instant, l’ICE tente de briser cette dynamique, en procédant à des transferts secrets d’un des leaders de la grève, en contradiction avec des décisions de justice. Le courage de ces immigrés contraste fortement avec la répression à laquelle ils font face. Il devient clair qu'un changement ne pourra se produire sans une pression significative de la part de la société.