Le retour des talents : les Polonais redécouvrent leur pays après des années d'exil

Des milliers de Polonais rentrent chez eux, redynamisant villages et villes.
Le retour des talents : les Polonais redécouvrent leur pays après des années d'exil

Après 22 ans passés au Royaume-Uni, Janusz Kordalewski retourne en Pologne pour s'investir dans le secteur immobilier, illustrant la montée d'un phénomène de retour des talents. Grâce à des aides européennes et à un environnement local stimulant, des milliers de Polonais font le chemin inverse, alimentant une migration inversée qui redéfinit les dynamiques économiques et sociales du pays.

Ce texte s'inspire du reportage. Cliquez sur la vidéo pour le visionner en entier.


Retour au pays natal pour Janusz dans un village situé à une heure de Varsovie. C'est ici qu'il développe son dernier projet immobilier, après avoir passé des décennies au Royaume-Uni. "Depuis mon retour, je me consacre à ma passion : construire des maisons. Avec mon équipe, nous avons lancé plusieurs projets, tant ici qu'à Varsovie," déclare-t-il avec fierté.

Avant de devenir promoteur, Janusz a disparu dans le monde de la restauration et du bâtiment, pour finalement trouver sa voie en tant qu'agent immobilier. Deux ans après son retour en Pologne, il est frappé par les transformations qu'a connues son pays. "Les infrastructures ont été refaites grâce aux aides de l'Union européenne, même les petites villes ont connu de profonds changements. Les opportunités s'y multiplient, tant pour les entrepreneurs que pour les étudiants," souligne-t-il.

Migrants et préjugés

Janusz fait face à un héritage culturel, celui du "plombier polonais" tant redouté en France. Ce stéréotype est né suite à une directive européenne qui permettait aux travailleurs d'Europe de l'Est de s'installer ailleurs en Europe. En 2002, Roselyne Bachelot, alors députée européenne, affirmait : "À quoi sert l'Europe si le plombier polonais ne peut pas s'y installer ?" Une question qui était bien plus qu’un simple slogan.

Janusz est parti en mai 2004, peu après l'ouverture des frontières. À 19 ans, sans diplôme et ne parlant aucune langue étrangère, il s’est aventuré vers le Royaume-Uni à la recherche de meilleures opportunités. "La situation économique était difficile en Pologne," confie-t-il. "Je voulais simplement trouver ma place et élever ma famille, comme beaucoup de jeunes à l'époque. "

Son départ a provoqué une onde de choc dans sa famille, notamment chez son frère resté en Pologne. "C'était angoissant pour nous tous, car il n'était pas seul; toute une génération de jeunes a pris la route de l'étranger," raconte-t-il. Aujourd'hui, les deux frères sont revenus s'installer dans leur village, intégrés et actifs dans la communauté, notamment comme pompiers volontaires.

Un processus de retour agréable

Près d'un million de Polonais ont émigré vers le Royaume-Uni durant les vingt dernières années, contrairement à moins de 60 000 en France, en raison de restrictions migratoires. Parmi ces retours, Magdalena Uma Busnel, qui a passé 23 ans à Paris pour ses études d'histoire de l'art, a décidé de regagner Varsovie. Elle témoigne : "L'économie ici est beaucoup plus dynamique qu'avant. J'ai constaté une amélioration notable du pouvoir d'achat.”

Pour encourager le retour des expatriés, le gouvernement polonais a mis en place des incitations : "J'ai bénéficié d'une aide de 10 000 euros de l'Union européenne pour lancer mon entreprise," ajoute-t-elle. Des mesures jugées positives par les dirigeants locaux, notamment à Siemiatycze, qui est touchée par l’exode de sa population jeune vers Bruxelles.

Comme l'affirme Piotr Siniakowicz, le maire de la ville : "Près de 20 % de notre population a vécu à l'étranger. Dans notre communauté, il est crucial de maintenir le lien avec ces jeunes. Les classes de langue française sont désormais très prisées ici.”

Katarzyna Iwaniuk, elle aussi, a pris la décision de rester sur place après avoir travaillé à Bruxelles. "Je le sens, maintenant il est possible de gagner un bon salaire ici tout en restant proche de mes racines," partage-t-elle avec un sourire.

En tout, plus de 2 millions de Polonais ont quitté le pays après leur adhésion à l'Union européenne en 2004, et selon l'ONU, la moitié d'entre eux seraient de retour aujourd'hui. Ce retour en force constitue une lueur d'espoir pour la Pologne, qui fait face à un taux de natalité historique très bas.

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