À quelques encablures des plages de Kiel, des munitions de la Seconde Guerre mondiale se dégradent lentement dans les profondeurs maritimes. Ce site parmi les plus pollués de la Baltique est le point de départ de l'expédition menée par le navire de recherche Alkor, rattaché au centre océanographique allemand Geomar. Pendant trois semaines, onze marins et douze scientifiques issus d'Allemagne, de Pologne et de Lituanie se pencheront sur la problématique de la contamination maritime, région déjà frappée par de nombreuses épaves et munitions englouties.
Le littoral allemand, notamment, abrite environ 1,6 million de tonnes de munitions sous-marines. Avec les changements climatiques, les enveloppes métalliques de ces armes se corrodent plus rapidement, libérant des substances toxiques telles que le TNT, déjà détecté dans des échantillons de coquillages.
Un héritage militaire sous surveillance
Une part significative de ces armes sous-marines repose dans la baie de Kiel, où les Alliés les ont déversées après la guerre pour éviter le réarmement allemand. Uwe Wiechert, ancien lieutenant de vaisseau de la Bundeswehr, aujourd'hui engagé dans la surveillance de ces restes militaires, explique : "Ce port a conservé des infrastructures relativement intacts, ce qui en a fait un site idéal pour le dépôt de ces armes".
Technologie pour évaluer la menace
Les scientifiques, à l'aide d'un robot subaquatique et d'un instrument nommé rosette, prennent des échantillons d'eau et étudient l'impact environnemental. Ils analyseront également des moules pour évaluer leur niveau de contamination. Selon Aaron Beck, scientifique chez Geomar, les défis à relever incluent l'identification des sites à risque, un processus facilité par des archives militaires.
Parmi les épaves, le Franken, torpillé par les Soviétiques en 1945, représente une menacé majeure en raison de ses réserves de carburant encore actives. "Ce cas illustre un casse-tête juridique : qui, après tant de temps, assumera le coût de la dépollution ?", questionne Wiechert.
Les défis de la décontamination
L'Allemagne se positionne en leader des efforts européens pour combattre la pollution due aux munitions sous-marines. Des projets pilotes sont en cours, comme la destruction sur une plate-forme en mer des munitions récupérées. Néanmoins, le financement reste un enjeu crucial. Aaron Beck reste optimiste : "Pour ingérer des composés des explosifs à des niveaux préoccupants, il faudrait consommer une quantité astronomique de poissons chaque jour pendant un an, mais cela ne minimise pas le problème."
Cette initiative souligne l'importance d'une recherche continue et d'une coopération internationale pour préserver les écosystèmes marins.







