Les prix du carburant, en forte augmentation, impactent sévèrement le quotidien de ceux dont le véhicule est essentiel pour le travail. Ils adaptent leurs méthodes et partagent leurs craintes quant à l'avenir.
« Le carburant me coûte entre 250 et 300 € de plus par mois », confie Hakim Cheliha, chauffeur de taxi à Paris depuis quinze ans. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, il scrute avec angoisse les prix du carburant. Dans un tableur Excel, il constate une flambée des coûts : « Il y a une augmentation de 40 à 50 centimes par litre », dit-il, « et en tant que taxis, nous parcourons beaucoup de kilomètres ». Certaines journées, il peut faire jusqu'à 300 km.
Pour contrer cette hausse, Hakim a modifié sa façon de travailler : « Je ne peux plus me permettre de marauder, de chercher des clients dans les rues », pratique qui lui était plus profitable que de rester stationné à un arrêt. Il adapte également sa vitesse de conduite : « Je roule moins vite pour économiser du carburant, ce qui fait que je fais moins de courses en une heure », regrette-t-il.
« À la campagne, c’est encore plus difficile »
Hakim a commencé à privilégier les courses du soir, quand « la circulation est moins dense ». Avec ses collègues, il échange des informations sur les stations-service les moins chères, « on cherche à gagner le moindre centime », souligne-t-il. Il envisage même d'opter pour un véhicule électrique à l'avenir.
À Bain-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine, Philippine Buet-Painchaud, infirmière de 36 ans, est également touchée et ressent une anxiété croissante chaque fois qu'elle fait le plein de sa Peugeot 2008. « C’est une surprise à chaque fois de voir à quel prix va être l'essence », soupire-t-elle. Elle fait le plein tous les deux à trois jours, et constate que le litre de SP95-E10 a grimpé de 1,63 € à 1,92 €. « Une augmentation de 30 centimes, c’est énorme », se désole-t-elle, affirmant que c’est plus cher que jamais pour elle.
Avec 250 km parcourus par jour, son coût hebdomadaire a augmenté de près de 50 €. « C’est tellement cher pour ceux qui dépendent de leur voiture pour travailler ; surtout à la campagne, c’est encore plus difficile », ajoute Odile Trihan, 82 ans, l’une de ses patientes.
La « crise de trop » ?
Cyrille Taquet, transporteur routier du Loiret, s’inquiète de son avenir dans un contexte qu’il juge potentiellement « celui de trop ». Avec ses deux camions, il fait face à des coûts « sans issue ». « Pour mes bennes céréalières, je dois faire deux pleins par semaine. La hausse de 60 centimes par litre représente plus de 400 € par plein et par camion », précise-t-il, soit environ 3.500 € supplémentaires par mois, par véhicule.
Si les camions s’arrêtent de rouler, ce sont des entreprises qui ne sont plus alimentées. Et derrière, c’est tout un pays qui risque d’être à l’arrêt.
« Cela pourrait être gérable si mes autres coûts suivaient, mais les clients ne s’adaptent pas, et chaque kilomètre devient une perte », fulmine-t-il. Avec des prix qui pourraient bientôt atteindre 3 € le litre, il redoute de devoir arrêter son activité. « Si les camions s’arrêtent, ce sont des entreprises qui risquent d’être à l’arrêt, entraînant tout un pays avec elles », conclut-il.
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