TRIBUNE. Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques et auteur de Donald Trump, retour vers le futur, propose une analyse approfondie de la politique américaine envers l'Iran. Au-delà d'une simple image caricaturale de Donald Trump comme un leader impulsif, Boussois offre une vision structurée des actions militaires américaines au Moyen-Orient.
Dans une Europe qui se complaît à peindre Trump en héros de la sottise, il devient crucial de comprendre la logique stratégique sous-jacente. Loin d’être un dirigeant dénué de sens, Trump incarne un retour à une forme de puissance, débarrassée des illusions du multilatéralisme, et s’engage dans des actions militaires qui visent un contrôle accru des nœuds géostratégiques mondiaux. Ce contrôle, selon lui, est devenu essentiel pour réguler les échanges et les flux énergétiques.
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Guerre au Moyen-Orient : des attaques visent les sites nucléaires de Natanz en Iran et de Dimona en IsraëlLes divers détroits, canaux et points stratégiques ne représentent pas de simples détails géographiques mais deviennent les artères vitales de notre monde interconnecté. Des lieux comme Ormuz, Malacca, et Suez sont critiques pour le commerce mondial et le flux des ressources énergétiques. L'Amérique entame alors une manœuvre pour reconquérir ces passages et se repositionne dans un monde où la dépendance devient une arme redoutable.
Une stratégie claire : contrôler les goulets pour dominer
Le retour de l'influence américaine ne se limite pas à la volonté d'assurer la sécurité maritime, mais vise aussi le contrôle des ressources stratégiques via une série d'actions coordonnées. L’engagement américain au Venezuela, la gestion des tensions autour du canal de Panama et la montée de la pression sur le détroit d'Ormuz sont tous des éléments d'une même stratégie. Le but reste le même : reprendre le contrôle sur les nœuds de circulation au sein du système mondial.
En cherchant à assurer le contrôle des détroits, les États-Unis cherchent non seulement à étendre leur pouvoir, mais aussi à exercer une forme de souveraineté indirecte sur les nations qui en sont dépendantes. Ce changement vers un pouvoir axé sur les flux plutôt que sur la terre est symptomatique d'une nouvelle ère où la puissance maritime est à nouveau au centre des préoccupations stratégiques.
Des flux en guerre : contenir la Chine par la mer
Le détroit d’Ormuz, par exemple, est à la croisée des chemins du pétrole mondial et un point de vulnérabilité pour les grandes puissances asiatiques, notamment la Chine. Pékin, en fonction de ses infrastructures énergétiques, voit sa croissance largement conditionnée par l’accès à ce détroit. Contrôler Ormuz, c'est donc avoir un levier de pression déterminant sur l’économie chinoise, illustrant ainsi l'impact géopolitique derrière les enjeux énergétiques.
Nous assistons à l’émergence d’une véritable guerre des flux. Chaque incident dans ces zones stratégiques a des répercussions géopolitiques immédiates, entraînant des hausses de prix et des perturbations économiques générales. En ce sens, la maîtrise des points de passage devient un outil primordial pour l'Amérique, permettant de peser sur les économies adverses sans confrontation directe.







