Classés sans suite. Temps de lecture : 2 min 10
Le magazine britannique Restaurant a récemment dévoilé son nouveau classement des 50 meilleurs restaurants au monde, un événement qui suscite curiosité et débat. En quelques années, la gastronomie a évolué, s'éparpillant en une multitude de genres. Les cuisines norvienne, coréenne, péruvienne, et bient˛t américaine émergent dans un festival de saveurs variées. Mais ces classements laissent perplexes. Qui peut vraiment établir une hiérarchie entre une crêperie délicieuse et un comptoir de sushis exquis ?
Ce palmarès met en avant des chefs renommés comme Ferran Adria (El Bulli, Espagne) et Heston Blumenthal (The Fat Duck, Angleterre), tout en soulignant la montée en puissance de Noma au Danemark. Toutefois, cette liste ne parvient pas à capturer la réalité de la cuisine contemporaine, la figeant dans une image de notoriété plutôt que de véritable innovation. De plus, il est essentiel de considérer les motivations des près de 900 jurés qui, pour la plupart, n’ont jamais visité les établissements en question. Beaucoup d'entre eux, chefs et restaurateurs anglophiles, semblent n’avoir que peu de temps pour explorer des propositions hors des sentiers battus. Résultat ? Des classements biaisés, laissant de côté des talents incontestés au profit d'une dynamique de lobbying où certains établissements, malgré leur qualité, sont rétrogradés.
Un autre point à souligner est l’absence presque totale de la cuisine japonaise, pourtant célébrée par le guide Michelin. Seule une adresse, celle des Créations de Narisawa à Paris, figure dans cette liste. Avec des résultats si éloignés de la réalité, il convient de s’interroger sur la valeur de cette approche. Le public, lui, semble s’en amuser, évitant les établissements de renommée mais souvent inaccessibles, pour se tourner vers des tables où la cuisine fait écho à l’actualité et à la proximité. La gastronomie est vivante, se nourrissant de liberté et d'authenticité. La tenter d'assigner un classement rigide à une telle diversité, c'est risquer de la figer, et ainsi de perdre ce qui la rend si précieuse.
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