Zagreb (AFP) – En quittant l'Inde pour la Croatie l'an dernier, D.D. savait que son travail de livreur serait difficile. Cependant, il ne s'attendait pas à ce qu'il soit également marqué par des agressions racistes.
Au cours de l'année écoulée, cet Indien de 27 ans, qui préfère conserver son anonymat, a été attaqué à deux reprises par des groupes de jeunes. Des crachats à la demande de retourner dans son pays, il a subi des aggressions qui se multiplient tristement dans cette nation européenne face à l'afflux d'immigrants.
Pour répondre à une pénurie croissante de main-d'œuvre, especialmente dans le secteur du tourisme, la Croatie a de plus en plus besoin de travailleurs étrangers. Malgré cette nécessité, les experts, comme le sociologue Ante Dabo, soulignent que ces travailleurs restent souvent vulnérables et isolés. "Ils ne volent pas d'emplois, ils cherchent simplement à vivre dignement," précise M. Dabo.
Un exode inquiétant
En l'espace d'une décennie, la Croatie a vu près de 400.000 de ses citoyens quitter le pays. Avec une population de 3,8 millions d'habitants, le pays a été contraint d'ouvrir ses portes à des travailleurs asiatiques, en particulier depuis son intégration à l'espace Schengen en 2023. En 2025, près de 40% des 170.000 permis de travail délivrés étaient destinés à des Népalais, des Philippins et des Indiens.
Beaucoup de ces travailleurs arrivent sans connaissance de la langue croate, s'intégrant difficilement dans une société majoritairement homogène. D.D. rappelle : "Je ne fais de mal à personne. Je suis simplement ici pour travailler en paix." Malheureusement, après des agressions fréquentes, de nombreux livreurs partagent des histoires de blessures graves sur des groupes de discussion locaux.
Selon des données de l'entreprise de livraison Wolt, les agressions ne sont pas toujours signalées, rendant difficile une évaluation précise du problème. Les policiers font souvent état d'une augmentation des violences touchant les travailleurs asiatiques.
Les défis quotidiens
Beaucoup d'employeurs, selon le syndicat Novi Sindikat, ne fournissent que peu de soutien. Leurs logements sont souvent surpeuplés et dangereux. Kresimir Zovak, représentant syndical, a déclaré : "Ces loyers absorbent une grande partie de leurs faibles salaires."
Hasan, un livreur, a évoqué les 270 euros qu'il devait payer mensuellement pour partager une chambre avec plusieurs hommes, ainsi que les amendes imposées par son employeur. "C'est de l'extorsion pure," ajoute-t-il, et il a été obligé de travailler jusqu'à douze heures par jour.
Les résultats d'une enquête de l'Institut de recherche sur les migrations (IMR) révèlent que plus de 60% des Croates se montrent hostiles envers la présence de ces travailleurs, une forte hausse par rapport aux 46% de l'année précédente. Le climat de méfiance est amplifié par des discours politiques qui jouent sur les craintes d'un prétendu "remplacement de la population".
Face à cette situation, le gouvernement a condamné les attaques contre les travailleurs migrants et propose des mesures de soutien. Cependant, D.D. estime que l'intégration restera un défi tant qu'il ne maîtrisera pas la langue. Hasan, de son côté, a choisi de quitter son ancien emploi pour trouver un environnement de travail plus respectueux.
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