Le Sénat tente, mardi 10 février 2026, de prendre des mesures contre les proxénètes modernes sur des plateformes comme Mym et OnlyFans, ranimant ainsi un débat complexe sur la prostitution à l'ère numérique.
Des intermédiaires sans scrupules exploitent des modèles, souvent mineurs, et pourraient faire face à des peines plus sévères. Une proposition de loi, soutenue par une centaine d'élus de droite et du centre, est examinée aujourd'hui. Elle vise à encadrer un secteur en pleine expansion mais encore largement non régulé, connu sous le nom de « camming ».
Ce phénomène, largement répandu lors de la pandémie grâce à des plateformes telles qu'OnlyFans, son concurrent français Mym, et le site controversé Sexemodel, permet la vente de contenus sexuels via un système d'abonnement. Cependant, derrière ces contenus érotiques, se cache un environnement économique troublant, comme l'a souligné un article de La Nouvelle République.
Des intermédiaires à double visage
Des individus appelés « managers de compte » ou « agents » émergent, chargés d'accroître la notoriété des modèles tout en prenant une part de leurs revenus. Leur promesse d'une visibilité accrue peut cacher des pratiques d'exploitation. La sénatrice Marie Mercier (LR) affirme : « Ce qui semble être de l'argent facile peut vite se transformer en un piège infernal pour des modèles parfois mineurs. »
Aurore Bergé, ministre déléguée à l'Égalité entre les femmes et les hommes, a ajouté dans une interview sur Sud Radio : « Les managers doivent être punis comme des proxénètes. » Cependant, la détermination des mesures législatives pose des questions délicates. Doit-on interdire ces plateformes, cibler les utilisateurs, ou traquer ces proxénètes 2.0?
Actuellement, la jurisprudence de la Cour de cassation stipule que le « camming » ne s'apparente pas à de la prostitution, car il n'y a pas de contact physique direct. Cela complique toute tentative d'assimilation entre ces activités et le proxénétisme selon la définition rigide du Code pénal. Lauriane Josende, rapporteuse au Sénat, a souligné : « Cela nécessiterait une redéfinition du concept de prostitution, ce qui pourrait créer des conséquences imprévues. »
Une réponse législative en évolution
Le projet de loi, initialement centré sur les clients de ces plateformes, a été revisité par le Sénat. Une nouvelle infraction d'« exploitation sexuelle en ligne » pourrait émerger, entraînant jusqu'à sept ans de prison et 150.000 € d'amende dans certains cas.
Cette infraction ciblerait spécifiquement les intermédiaires qui recruteraient des créateurs de contenu dans des situations de menaces ou de vulnérabilité. Cependant, la simple perception d'une rémunération ne suffira pas à caractériser cette exploitation. Certains député.e.s et associations s’interrogent sur l’efficacité de ce texte et craignent une déviation de ses objectifs.
La plateforme Mym a réagi en saluant cette nouvelle législation, affirmant qu'elle garantirait une protection optimale tant pour les utilisateurs que pour les créateurs de contenu. Pourtant, des voix s'élèvent, arguant qu'il s'agit d'une occasion manquée face à un problème complexe et en constante évolution.







