Mundra (Inde) – Alors que la transition vers des énergies durables s’intensifie, l'Inde répond à une demande croissante d'électricité tout en cherchant à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine. À Mundra, dans l'immense usine d'Adani, les panneaux solaires affluent à un rythme soutenu, avec la capacité de produire jusqu'à 10 000 unités par jour.
Ces panneaux sont majoritairement envoyés vers le désert de Khavda, où l'Inde se prépare à construire, d'ici 2030, la plus vaste centrale solaire au monde. "Nous devons tourner à plein régime", insiste Muralee Krishnan, le dirigeant d'Adani Solar. "Il nous faudrait des journées de 48 heures pour répondre à la demande, et nous ne faisons pas assez !"
Dans le même temps, le groupe Tata, avec ses 4 000 employés majoritairement féminins à Tirunelveli, suit la même cadence elevée. "Nos chaînes doivent rester en mouvement pour maximiser la productivité", confie Praveer Sinha, PDG de Tata Power.
Confrontée à un double défi entre l'essor de sa population et la réduction des émissions de carbone, l'Inde, avec près de 1,5 milliard d'habitants, s'est fixé des objectifs ambitieux dans le domaine des énergies renouvelables. En 2025, le pays a annoncé que 50 % de sa production électrique devenait "verte", atteignant une capacité installée prévue de 500 GW d'ici 2030, dont 280 GW de solaire.
Un programme "Make in India" déterminant
Pour y parvenir, le gouvernement a émergé avec une politique braquant l'accent sur le local : "faire en Inde" est devenu le mantra de Narendra Modi. La majorité des panneaux solaires actuellement importés de Chine, qui représente 90% du marché mondial, doivent céder la place à une production nationale. Les géants indiens, dont Tata, Adani et Reliance, se sont mobilisés pour bâtir des usines équipées de technologies de pointe.
Le PDG d'Adani Green, Ashish Khanna, insiste sur l'importance de garantir non seulement la qualité des produits, mais aussi la fiabilité de l'approvisionnement. Pourtant, cette montée en puissance s'accompagne encore d'une forte dépendance aux matériaux, notamment le silicium, provenant toujours de Chine.
Pékin a d'ailleurs exprimé son mécontentement face aux subventions à l'exportation accordées à ses concurrents indiens et les restrictions imposées par New Delhi, soumettant le cas à l'OMC.
Le spectre de la surcapacité
Face à une demande intérieure fluctuant, des acteurs comme Adani envisagent même d'extraire eux-mêmes le silicium. Selon Wood Mackenzie, la capacité de production en Inde pourrait atteindre 125 GW cette année, un chiffre alarmant représentant déjà trois fois plus que la demande nationale.
Pour certains experts, la durabilité du marché dépendra de l'exportation, tandis que la demande mondiales pour l'énergie solaire devrait dramatiquement augmenter, passant de 2 000 à 4 000 GW en quatre ans. Ashish Khanna, directeur général de l'Alliance solaire internationale, souligne que la compétitivité des fabricants indiens face à la Chine sera essentielle à leur succès futur.
Tejpreet Chopra, de Bharat Light and Power, observe que des coûts de production plus élevés en Inde rendent les importations plus attrayantes, surtout avec les droits de douane divergents. Malgré ces défis, l'optimisme reste de mise, Praveer Sinha note : "L'énergie solaire jouera un rôle croissant en Inde alors que nous avançons vers un avenir plus durable."
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