Le 21 janvier, le Sénat a fermement opposé la création d’un dispositif d’aide à mourir lors d’un débat particulièrement vif sur la question de la fin de vie. La majorité de droite a décidé de modifier en profondeur le texte proposé, suscitant l'indignation de nombreux sénateurs de gauche et laissant le sort de cette réforme entre les mains de l’Assemblée nationale.
Les discussions, marquées par des tensions palpables, ont abouti au rejet d’un article essentiel qui aurait permis l’accès à une assistance médicale à mourir, qu’il s’agisse de suicide assisté ou d’euthanasie. En soirée, un amendement soutenu par des sénateurs proches de Bruno Retailleau a remplacé l’assistance médicale à mourir par un simple "droit au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance". Cette révision a été vivement critiquée par l'opposition, qui craint un véritable recul par rapport à la loi Claeys-Leonetti et une menace sur certaines pratiques, comme l’arrêt de l’hydratation dans le cadre d’une sédation profonde.
Des débats houleux autour d’un "texte fantôme"
Malgré la suppression de l’élément central du dispositif, l’examen des autres articles, y compris ceux concernant la clause de conscience des médecins, a continué jusqu’à la fin de la séance. Plusieurs sénateurs ont dénoncé l’absurdité des discussions sur un texte amputé de son essence, le qualifiant de "mascarade" ou de "texte fantôme" dans une assemblée censée être plus sereine qu'à l'Assemblée nationale.
Le rejet de cet article illustre les divergences profondes qui existent au sein de la Haute assemblée. De nombreux élus de droite et du centre, opposés à toute forme d’aide à mourir, ont voté contre, tandis que le groupe socialiste a estimé que le texte n’était pas en phase avec la version adoptée par les députés en juin 2025. Même au sein de la majorité, des voix se sont élevées pour exprimer leur malaise face à l’abandon d’un dispositif initialement conçu de manière plus encadrée.
Une soirée difficile pour le Sénat
Les réactions ont afflué. Patrick Kanner, le leader du groupe socialiste, a qualifié cette journée de "triste soir pour le Sénat", accusant la droite de nuire à la crédibilité de l'institution sur une question aussi cruciale pour les citoyens français. En revanche, plusieurs sénateurs de droite et du centre ont affirmé que leur vote était guidé par leur conscience, refusant de légiférer sur l’aide à mourir sans des garanties adéquates concernant le développement des soins palliatifs.
Un vote solennel sur l’ensemble de la proposition de loi est prévu pour le 28 janvier, mais celui-ci semble largement symbolique, tant le texte a été dévalué. L’avenir de ce débat crucial devrait désormais être déterminé principalement à l’Assemblée nationale, où une majorité s'est déjà dégagée pour un projet similaire. Le gouvernement espère une reprise rapide, possiblement dès le mois prochain, pendant que le Sénat se prépare à discuter une autre proposition de loi concernant les soins palliatifs, qui est perçue comme étant plus consensuelle.
En l'absence de consensus au Sénat, l'issue de cette importante réforme sociétale dépendra largement de l'Assemblée nationale, qui pourrait avoir le dernier mot. Si la loi est adoptée, la France emboîterait le pas à des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse ou encore le Canada, qui ont déjà légiféré sur la fin de vie.







